Andreï Léonovitch, un jeune paysan sibérien gagné par les idées révolutionnaires, rêve de se faire un nom en assassinant le tsar Alexandre II. Au beau milieu d’une réunion de conspirateurs, il disparaît subitement. Et littéralement. Dès lors commence pour l’homme invisible une quête de sa propre existence.

Pour définir Le travail de l’huître, dernier titre de Jean Barbe, il serait plus facile de débuter par ce qu’il n’est pas. Bien que se déroulant notamment dans le Saint-Pétersbourg de la fin du XIXe siècle, il emprunte peu ou prou au roman historique. Et bien qu’étiqueté roman, il s’agit davantage d’un conte philosophique. Ici, les grands événements de l’Histoire servent moins de trame à une narration réaliste que de prétexte à des réflexions sur la relation à autrui et la condition humaine.

«L’avantage et le problème de sa solitude, c’est que tout pouvait sembler normal.» De nombreuses remarques font preuve d’une profondeur certaine, cependant, leur lien au récit demeure parfois bancal. Comme si les réflexions avaient précédé le récit. Des phrases somme toutes riches de sens, dont on ne peut pourtant s’empêcher de penser qu’elles auraient eu plus de force si le narrateur avait laissé l’histoire les dire elle-même.

Ceci étant, les passages bien sentis ne manquent pas : «Que pouvait-on apprendre de la tristesse en regardant quelqu’un pleurer ?» Ou encore : «Point d’amour ni d’honneur. Les monstres dans les stalles recevaient par cruauté des morceaux de sucre : même un regard de mépris était un lien qui vous rattachait au reste de l’humanité.»

Et l’œuvre a ceci de réussi qu’elle se transforme en même temps que son personnage, qu’on ne connaîtra jamais vraiment que de l’extérieur, par le biais de ses actions. Au départ dépeinte à gros traits – voire à traits grossiers – et limitée aux pérégrinations futiles d’Andreï, l’histoire gagne en sensibilité à mesure que ce dernier trouve attache en la personne d’une jeune femme enceinte et victime de la guerre.

Récit de la solitude, de la difficulté d’atteindre autrui, Le travail de l’huître perd peut-être en profondeur ce qu’il a recherché d’étendue. La fin nous laisse néanmoins avec une impression de cohérence dans l’œuvre et le sentiment d’une écriture fort bien maîtrisée.