Against Me! est bien connu pour sa saveur folk déguisée en punk, les vêtements noirs portés par ses membres et la barbe de son ex batteur. Longtemps un groupe culte dans les cercles punk, le groupe est depuis 2007 dans la cour des grands, sous le parapluie d’une maison de disques majeure. Musicalement, l’album White Crosses, lancé en juin dernier, est son enregistrement le plus accessible jusqu’à ce jour et marque une rupture assez évidente avec le style qui charme les mélomanes barbus à pantalons serrés aux quatre coins du monde depuis des années.

Quand on demande à Tom Gabel, aussi chanteur d’Against Me!, comment il explique ce rapprochement avec le mainstream (courant populaire) que les puristes voient habituellement comme un puissant trou noir qui aspire la créativité et l’âme des artistes, sa réponse ne laisse que peu de place à l’interprétation. Il est carrément en désaccord avec cette interprétation. «Si les gens disent que notre musique est plus accessible parce que nos chansons sont mélodiques, je répondrais que cela a toujours été le cas. J’ai toujours été sensible à la pop et à la mélodie, même sur les premières cassettes démos. De plus, je ne comprends pas pourquoi le mainstream devrait avoir le monopole des enregistrements de qualité», réagit-il. Il poursuit en riant que de toute manière, «Against Me! ne vend toujours pas des tonnes d’albums.»

Reste que vendredi soir au festival Envol et Macadam, il ne fallait pas chercher bien loin pour voir des t-shirts aux couleurs du groupe, dans une foule cent fois plus nombreuse que lors de ses premiers concerts à la fin des années 1990. À l’époque, Against Me! n’était en fait que le projet solo de Tom Gabel. Que ce soit à cause du virage vers la musique populaire ou non, la popularité de la formation a fait son petit bout de chemin.

Cette popularité, Gabel et ses complices la doivent en grande partie à l’enchaînement acharné de tournées. Une approche qui les a pratiquement immunisés aux effets des mutations de l’industrie du disque. «Ça ne nous affecte pas. Nous sommes le genre de groupe qui lance un album et qui part ensuite en tournée pendant deux ans. C’est devenu notre style de vie, tellement qu’on ne sait plus vraiment comment faire autrement», explique-t-il.

La programmation de la tournée nord-américaine, lancée au Québec la semaine dernière, semble logique pour Against Me!, les Ontariens The Flatliners assurant la première partie des spectacles. Pourtant, comme l’a confié Tom Gabel, son groupe a reçu des offres légèrement farfelues. «On nous a offert de partir en tournée avec Linkin Park. Toutes sortes d’histoires circulent sur leurs tournées, on dit qu’elles sont vraiment folles et bizarres. Parfois, tu te dis que ce serait intéressant de voir comment ça se passe, vivre l’expérience », affirme-t-il. Une idée intéressante, qui est  toutefois restée sans suite, de par son absurdité. À Linkin Park s’ajoutent Stone Temple Pilots et même Buckcherry. Le chanteur de la formation derrière le tube «Crazy Bitch», Josh Todd, aurait même approché directement l’équipe d’Against Me! en déclarant son amour pour leur précédant album, New Wave.