ArtéfactLorsqu’un auteur décide d’écrire à propos de la Shoah ou sur des évènements se passant durant la Deuxième Guerre mondiale, sujets qui sont toujours relativement tabous de nos jours, les lecteurs redoutent généralement que l’on verse dans les clichés habituels : le haut gradé nazi, le Juif persécuté, l’Américain sauveur, etc. Bien heureusement, il arrive que certains écrivains s’attardent et s’intéressent plutôt au côté humain qu’aux faits historiques de ce pan noir de l’Histoire. C’est cette sensibilité que Carl Leblanc réussit à nous transmettre dans son plus récent roman, Artéfact, paru aux Éditions XYZ en novembre 2012 et qui est en quelque sorte un prolongement de son documentaire Le cœur d’Auschwitz, sorti en 2010.

Le résumé du récit est simple : un journaliste montréalais du nom de François Bélanger est chargé de rédiger un article sur Alexandre Krylenko, un ancien soldat nazi dont la déportation en Ukraine pour un jugement sur ses crimes de guerre est imminente. Cependant, on comprend bien assez vite que Bélanger, sur la piste du rôle de Krylenko au sein du génocide, s’intéresse plutôt à retracer le parcours d’un artéfact aperçu au musée de l’Holocauste dans l’arrondissement Côte-des-Neiges et qui a vivement piqué sa curiosité; un objet peu commun pour l’époque, soit un carnet fabriqué par des prisonnières de d’Auschwitz pour l’une des leurs à l’occasion de son anniversaire. Pour découvrir la vérité sur les origines et la présence de ce carnet à Montréal, Bélanger se met à enquêter et à retracer les témoins éparpillés dans plusieurs pays qui pourraient lui en dire plus sur l’objet. Ainsi, lancé sur la trace de ce carnet et de sa propriétaire, Klara Granovski, ainsi que sur celle des jeunes filles qui l’ont composé, Artéfact nous fait voyager entre divers moments de six décennies ; lecture qui nous entraîne dans un passé fragmentaire où tout est nébuleux et douloureux.

Le point fort et touchant de ce roman, inspiré d’un fait vécu, est qu’il fait des femmes, des prisonnières, des oubliées, le cœur même de l’Histoire. C’est donc à travers leur amitié, leurs joies et leurs souffrances que l’on reconstruit les évènements, que l’on restitue la mémoire de cette époque abominable de l’humanité. Ce qui plaît également aux lecteurs est la fragilité de cet artéfact ( un petit carnet de vœux fait maison à partir de tissu et de papier volé au camp ), et le danger qu’encourent les jeunes femmes en le construisant. Il est à souligner enfin que notre appréciation de ce roman revient également au style d’écriture de Carl Leblanc, qui a su bien doser entre les descriptions, la narration et les dialogues par des phrases limpides et simples, laissant toute la place à l’émotion brute.

Annik Cayouette.-Brousseau