Un long poème sur Haïti, terre natale de l’auteur Rodney Saint-Ėloi. Difficile de passer à côté de cette dimension du texte. Le style n’est pas non plus sans rappeler la poésie d’Aimé Césaire, car il s’agit là d’une poésie tout à fait sensuelle et engagée.

C’est peut-être une certaine nostalgie qu’il faudrait voir dans ce recueil, une nostalgie qui appelle à la vie et à la mémoire. On ne saurait résister à ce flot lyrique d’images, modulées comme un chant, où les répétitions nombreuses nous emportent comme des vagues, où les vers s’enchaînent, donnant l’impression d’une invocation païenne hors du temps et de l’Histoire.

Quelques faiblesses toutefois dans ce recueil, mais de bien belles, en regard de tout ce qui se déploie dans l’œuvre. Vu son immense force lyrique, il peut sembler vain de traiter de certaines réalités quotidiennes et sociopolitiques que, de toute façon, un essai ou un roman pourrait aborder avec plus d’acuité. Il aurait été mieux de maintenir le ton tout au long du recueil, sans le ponctuer de certains vers plus prosaïques tels que « tomber: verbe infinitif au présent absolu » ou « l’inventaire des consomptions/rétablit entre deux songes l’histoire ». Cependant, ce ne serait pas faire justice au recueil que de s’en tenir à ces considérations.

Récitatif au pays des ombres est une longue prière adressée aux ombres du passé, scandée à la mémoire d’une enfance lointaine vécue à Port-au-Prince, une enfance peut-être quelque part enfouie sous les décombres d’un tremblement de l’être à la suite duquel il aura fallu se reconstruire, aidé par les souvenirs et la parole comme dernier appel possible, et par le miracle sacré de la poésie.

Mathieu Simoneau

Rodney St-Éloi

Récitatif au pays des ombres

Mémoire d’encrier