Un chevalier errant lunatique et son compagnon un peu grotesque partant à la quête d’aventures: une histoire connue de tous et racontée depuis près de 400 ans. Alors, comment diable pouvons-nous reprendre Don Quichotte de manière originale? C’est avec audace et marionnettes que Philippe Soldevila s’est attaqué à la bête dans Les véritables aventures de Don Quichotte de la Mancha, présentée au théâtre Périscope

Principal fait d’armes de la pièce, les marionnettes sont tout simplement superbes. Réalistes à souhait, les créations de Pierre Robitaille prennent vie sous nos yeux à de nombreuses occasions. Relatant le passé de Don Quichotte, ces créatures inanimées sont manipulées d’une main de maître par les acteurs, qui sont capables de nous faire oublier leur présence. En fait, on prendrait beaucoup plus de séquences impliquant les marionnettes durant le récit.

Pour sa part, l’intégration de matériel multimédia représente un véritable coup de génie de la production. À de nombreuses reprises, du contenu audiovisuel est proposé au public. On ne peut qu’apprécier les extraits d’entrevues avec certains des proches de Don Quichotte. Des selfies et des Facebook live offrent, quant à eux, un beau contraste avec le cadre temporel de l’histoire.

La frontière de la langue

Coproduction québécoise du théâtre Sortie de secours et barcelonaise du théâtre Pupulus Mordicus, Les véritables aventures de Don Quichotte de la Mancha tente une expérience intéressante : celle de présenter une pièce en trois langues, soit le français, l’espagnol et le catalan. Tout au long de la pièce, les acteurs se répondent mutuellement dans leur langue originale. Le public n’étant pas trilingue n’est pas laissé en reste, alors qu’il est possible de suivre les interactions au moyen de surtitres projetés sur un écran au fond de la scène.

En plus de ces projections, la mise en scène de la production permet de surmonter l’obstacle langagier. Les acteurs jouent gros, facilitant ainsi la compréhension du spectateur. À cet effet, l’ambiance sonore est brillante alors qu’elle sert parfaitement la mise en scène burlesque instaurée. D’ailleurs, de nombreuses chorégraphies sont dissimulées lors de la représentation, au grand plaisir des spectateurs.

Perdus dans les mises en abyme

La principale faiblesse de la pièce réside en son scénario. Celui-ci peut rapidement s’avérer complexe  pour un public non attentif, détail à ne pas négliger alors que la moitié de la pièce se passe dans une langue étrangère. L’histoire consiste en une superposition temporelle de plusieurs récits, créant un spectacle dans un spectacle. Il est alors facile de se perdre dans ce jeu de mise en abyme alors que le passé nous est raconté simultanément au présent. De nombreuses longueurs sont aussi présentes durant la pièce, alors que certains passages sont tout simplement puérils.

Somme toute, il faut souligner l’audace de la pièce qui plaira sans aucun doute aux fervents du théâtre expérimental et aux spectateurs en quête de renouveau. Les lacunes dans le scénario, les petits écarts dans le jeu de certains acteurs ainsi que le trilinguisme pourraient par contre rebuter les adeptes de théâtre traditionnel qui risquent, à certains moments, de trouver le temps long.