Une belle soirée folk samedi dernier au Théâtre Petit Champlain, en compagnie d’Avec pas d’casque, le groupe du polyvalent Stéphane Lafleur (auteur-compositeur de l’année à l’ADISQ en 2012), en version « super band ».

C’est à Tire le coyote et à son ami Shampouing qu’incombait la tâche de réchauffer la salle. Offrant quelques morceaux en formule duo, ils nous ont livré un folk solide, et des chansons comme sculptées à la chainsaw dans une épinette. Jésus, tirée de Mitan, son album paru en janvier dernier, a tiré quelques éclats de rire à la foule, avec des phrases comme « T’as planté un arbre, elle a volé ta scie », pourtant issue d’une chanson d’amour qui va mal. Benoît Pinette a le don de susciter des images à la fois inusitées et émouvantes, et c’est en partie ce qui lui permet de sortir du lot des nombreux artistes qui s’essaient au folk americana.

En termes d’images inusitées, Stéphane Lafleur, leader d’Avec pas d’casque, n’est pas en reste. L’enfance et ses impressions, qui souvent ne sont pas mises en mots, sont dépoussiérées avec la chanson nostalgique qu’est Apprivoiser les avions. Il présente d’ailleurs la chanson en disant que « la nostalgie est un sentiment dangereux [qu’il] ne recommande pas » : dur de croire qu’il y croit, à voir les sympathiques photos vintages projetées durant toute la prestation. L’ironie et l’humour pince-sans-rire caractérisent par ailleurs toutes les interventions de l’artiste.

La prestation commence avec le long crescendo bien amené qu’est Intuition #1. Les arrangements s’annoncent touffus et soignés, et la formation n’est pas chiche en instruments hors normes : sur scène se baladeront tour à tour autoharpe, baryton et tuba pour accompagner vibraphone, lap steel et basse maniée du bout des doigts ou à l’archet.

Parfois un atout, cette abondance sonore représente toutefois un défi supplémentaire : dans les chansons où les cuivres jouent un rôle plus important, l’équilibre vacille et la voix se perd un peu; dommage quand la poésie est aussi savoureuse. La plupart du temps, on a droit à un jeu mesuré et senti de la part de tous les musiciens, visiblement dans leur élément. Le groupe prouve de belle façon qu’il est possible d’avoir une belle présence scénique sans en faire des tonnes, et qu’un groupe peut transmettre des émotions tout en adoptant la désinvolture d’un jam de salon.

Le groupe s’est fait généreux en rappels, offrant même une chanson interprétée habituellement par les Sœurs Boulay mais écrite par Lafleur, Ôte-moi mon linge. Stéphane Lafleur et sa bande se retireront sous peu des projecteurs pour concocter les chansons de l’album à venir, et, on l’espère, poétiser de plus belle les pensées des âmes rêveuses.