Tremplin rêvé pour les étudiant(e)s de deuxième année du baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université Laval qui désirent exposer professionnellement le fruit de leur travail pour la première fois, le Banc d’essai a lieu jusqu’au 7 février prochain. Les curieux qui se déplaceront à la Galerie des arts visuels pour cette 13e édition pourront découvrir les créations récentes des artistes Catherine Robitaille, Joëlle Henry et Élise Pakiry. 

Organisé chaque année par la professeure et directrice de la Galerie des arts visuels, Lisanne Nadeau, Banc d’essai offre l’occasion aux étudiants à la mi-parcours du baccalauréat de découvrir les différentes étapes de la mise sur pied d’une exposition professionnelle, de la rédaction du dossier à la disposition des oeuvres en salle.  

« C’est vraiment un apprentissage incroyable, lance celle qui agit également à titre de commissaire de l’événement. L’idée est de mettre en valeur trois ou quatre étudiants et étudiantes qui, selon nous, se démarquent, qui ont déjà un propos, une cohérence dans leur dossier. » Tous les styles de pratique peuvent être soumis au comité de l’exposition; celle-ci étant sans thématique, Mme Nadeau veille par la suite à assurer sa cohérence au niveau de la présentation. « Le critère de sélection est d’abord et avant tout la force de la proposition. » 

Une grande maîtrise des mots

La première oeuvre à attirer le regard en entrant dans la Galerie, nommée DE L’EAU FROIDE / DE L’EAU VERTE / J’AURAIS DÛ SAVOIR QUE J’ALLAIS ME NOYER DANS UNE PISCINE D’EAU VERTE, consiste en une installation de cinq petits téléviseurs diffusant en boucle les images d’une femme, le visage couvert de bandages, s’infligeant divers types de violence. Il s’agit de l’artiste Catherine Robitaille elle-même, dont le travail offre une réflexion personnelle sur « des situations ou événements qui [lui] sont souvent difficiles à assimiler: troubles mentaux, relations interpersonnelles, concepts de famille et de nostalgie, entre autres », tel qu’elle l’indique dans le document offert lors du vernissage.  

« Il y avait une très grande force dans le propos de Catherine, déjà on sent que c’est une jeune qui a son créneau, qui explore l’autoreprésentation dans une approche qui peut être très troublante, mais qui est très organisée à la fois, affirme la commissaire Nadeau. Oui, il y a un propos sur l’autodestruction, mais elle ne tombe jamais dans le sensationnalisme. Elle est consciente du vocabulaire qu’elle utilise. » 

Cette maîtrise des mots dans leur force comme dans leurs nuances frappe en effet le visiteur à la vue de la seconde proposition de Robitaille, trois heures du matin (on s’est endormi en se tenant la main). Cette série de photographies argentiques montrant ce qui semble une nuit d’errance est coiffée d’une série de courts textes faisant vivre, au détour de chaque phrase, le deuil, un amour déçu, le rêve. L’utilisation de technologies obsolètes constitue un élément marquant du travail de l’artiste; la projection d’une vidéo filmée à l’aide d’une caméra VHS constitue sa troisième contribution.  

Fragments de présence humaine 

Joëlle Henry, dont le travail met à contribution une grande variété de techniques, utilise aussi l’écriture comme vecteur de sa réflexion. Un recours au texte qui, selon Lisanne Nadeau, « vient vraiment entrer en complicité avec son intérêt pour la cueillette d’objets, une belle réflexion sur la trace humaine dans notre paysage. » L’oeuvre Cumuler montre en effet la collection de fragments d’items divers, dont il se dégage de l’agencement une certaine beauté, en plus d’une réflexion quant à son origine, sa dispersion. 

« On ne peut pas ne pas mentionner l’actualité de son propos, avance Mme Nadeau, parce qu’il y a une dimension poétique à la cuillette de ces objets, de ces fragments, mais cette dimension soutient également des enjeux écologiques évidents. » 

La notion de cumul, centrale dans la présente proposition d’Henry, se retrouve également dans Vestiges anthropiques, une série d’images au graphite sur papier, et sa réflexion sur la présence humaine dans l’espace habitable se poursuit dans un diptyque sans titre joignant photographie et texte sur cahier Moleskine. 

La féminité entre passé et présent

Élise Pakiry, finalement, offre une « réinterprétation et une appropriation de l’art primitif dans une mise en scène contemporaine ». Une série de statuettes en plâtre coloré montrant le corps féminin nu, présentée au centre de quatre paravents de coton dans une oeuvre sans titre, intrigue indiscutablement le visiteur. « Ce qui nous a touché, abonde Lisanne Nadeau, c’est cette manière de traiter un propos très contemporain, les codes de représentation du corps féminin, mais en revisitant certaines évocations millénaires du corps de la femme. »  

Ce retour à des techniques du passé, ici le plâtre, mais aussi la broderie sur coton de l’oeuvre L’enfant et le monstre, dans un exercice de mise en parallèle de méthodes anciennes et d’expression moderne, ajoute un relief intéressant et surprenant à l’oeuvre. 

« Ce qui me fascine toujours, c’est le grand sérieux et le grand professionalisme de ces étudiants-là, qui sont à peine en deuxième année, termine la commissaire du Banc d’essai. Chez les trois, il y a un grand engagement envers la pratique, un sérieux, une attitude de recherche évidente. »

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