Le duo composé de Darren Aronofsky et de Clint Mansell a toujours été d’une efficacité indéniable. Le genre de collaboration qui ne s’essouffle pas et qui, coup sur coup, parvient à épater la galerie. Leur dernier né, Black Swan, ne fait pas exception. Le défi était de taille pour le compositeur britannique: adapter la trame du Lac des cygnes de Tchaïkovski pour en faire le parfait compagnon du thriller acclamé d’Aronofsky. Deux mondes que Mansell a su réunir haut la main, utilisant ici et là les passages les plus connus de l’œuvre fondatrice.

Certains puristes déploreront les transformations apportées aux mélodies bien connues du compositeur russe et peut-être qu’elles ne plairont pas à tous. Il faut avoir les nerfs solides pour apprécier pleinement un morceau comme «Night of Terror», où l’alternance entre la subtilité et l’extravagance rend chaque mouvement propice à un nouveau sursaut. L’exemple parfait d’une progression menaçante et agaçante, mais néanmoins outrageusement succulente. Cette contradiction va et vient, faisant de chaque écoute une expérience sensorielle maximale, trouvant tout son sens après le visionnement du film. La confusion et la colère de «It’s My Time» illustrent le dénouement à la perfection, alors que les cordes troublées de la fin d’«Opposites Attract», l’une des deux pièces principalement composées par Mansell, raccordent l’innocence blanche à la profonde noirceur de Nina.  

Mais l’utilisation des mélodies de Tchaïkovski trouve tout son sens dans les moments où le minimalisme est à son comble. À titre d’exemple, «The New Season» fait usage du célèbre «Swan Theme» d’une manière on ne peut plus idéale, mariant parfaitement le ballet au style épileptique, ici agréablement effacé, de Mansell. La douce montée de «Power, Seduction, Cries» fait rêver, l’étonnante et légère «A Swan Song (For Nina)» fait planer et «Perfection» essouffle, laissant l’auditeur à court de mots. L’équilibre est pour ainsi dire…parfait. Black Swan rend un vibrant hommage à une œuvre vieille comme le monde. Clint Mansell en fait une version moderne, sans trop en dénaturer l’essence, faisant de cet album une bande sonore incontournable.

4.5/5