La chorégraphie BLEU. du Français Yvann Alexandre, présentée par La Rotonde, a donné matière à réflexion aux spectateurs le jeudi 18 janvier dernier dans la Salle Multi du complexe Méduse.

La chorégraphie de danse contemporaine maintient le spectateur en haleine dès les premiers instants avec le son et la lumière : une sorte de grondement, puis soudain un coup de tonnerre et le noir complet. Une idée qui, selon le chorégraphe Yvann Alexandre, renvoi au titre du spectacle : « BLEU. ».

Alexandre marque une rupture avec le point final du titre, rupture qui reviendra ponctuellement durant le spectacle par la lumière, le bruitage et même la chorégraphie. Plutôt que pour sa couleur, Alexandre choisi le mot « bleu » de façon plus subtile : le bleu de la pièce, selon le chorégraphe, serait un hématome. « C’est une douleur qu’on sent, mais qu’on ne voit pas apparaître tout de suite », a-t-il déclaré à la fin du spectacle pour mettre les spectateurs sur une piste. En soit, il s’agirait d’un mal dont les conséquences n’apparaitraient que plus tard.

Une thématique sombre pour un spectacle sobre

Habillés de costumes noirs et de très peu de lumière, les sept artistes danseurs, cinq femmes et deux hommes, brillaient de par leur chair, tantôt dévoilée, tantôt cachée. Ces derniers sont élevés à l’état d’humbles êtres humains en portant chacun une perruque qui rend le spectateur pratiquement incapable de les distinguer, si ce n’est par la forme de la perruque qui change en fonction des artistes. Le chorégraphe a choisi d’attribuer une couleur métaphorique à chaque danseur, afin de faire écho aux différents stades d’évolution de l’hématome.

La thématique du temps qui s’écoule accompagne ainsi le mal : le spectateur devine alors une certaine guérison qui émane de la grâce des artistes. La musique bourdonnante alterne avec des extraits d’opéra baroque, comme pour laisser place à des moments de cicatrisation.

Un guide pour le voyage humain
Loin de nous laisser dans le noir total, La Rotonde nous prend par la main avec le Petit Guide du Spectateur, écrit par Cara Spooner. Ce guide, tout aussi sobre et élégant que le spectacle d’Yvann Alexandre et écrit en vers, invite le spectateur de la manière la plus simple qui soit à confronter son démon : le « lâcher-prise ». Tout simplement. Revenir à l’essentiel, regarder, apprécier, se laisser envahir. Il n’y a rien à comprendre, il faut tout simplement « capituler » devant la Beauté, qui plus est la beauté de l’être humain. Car si histoire il y a, Alexandre suggère l’image de l’armée. Le spectateur peut y voir des êtres humains qui se cachent derrière un personnage, à savoir la perruque. Il s’en suit de la rencontre inéluctable entre deux êtres humains, qui formeront un binôme. Alors il faut se mettre à nu, parfois littéralement. Après cette étape, il est trop tard : l’Humain doit survivre. Le chorégraphe nous présente sa réflexion par rapport à la vie, à l’Humanité qui lutte pour s’y frayer un chemin et, de manière universelle, est voué à la rencontre et ainsi, à la douleur.