Ayant terminé un baccalauréat en arts visuels à l’UL en 1997, Caroline Gagné a une douzaine d’années de pratique en tant qu’artiste professionnelle, indépendante et multidisciplinaire. Confiante et passionnée, elle n’a pas hésité à réaliser son projet lorsque l’association de création et de diffusion sonores et électroniques Avatar lui a passé une commande d’œuvre.

La date de tombée approchait à grands pas, mais l’idée germait déjà dans la tête de Caroline. «Je ne leur ai même pas laissé le temps de finir leur phrase. J’ai dit: ‘‘Oui, j’ai une idée. Ça fait depuis 2005 que j’ai le goût de partir en cargo et d’enregistrer le bateau comme lieu, comme cage de résonance flottante’’», explique-t-elle. Elle partit donc neuf jours à bord d’un cargo en compagnie de l’artiste et concepteur sonore Mériol Lehmann, pour enregistrer sons et images.

Son inspiration provient d’une œuvre effectuée en 2005, dans le cadre d’une exposition in situ au Musée régional de Rimouski intitulée Un refuge dans la ville. «Dans le projet que je voulais élaborer pour le Musée, j’ai tout de suite branché mes antennes sur ‘‘Rimouski, c’est quoi? Quels sont les espaces, comment les gens vivent?’’», relate l’artiste. Celle-ci songeait à la voie maritime et à ses sons. Dans ce contexte, elle a fait appel à la Chaire de recherche en acoustique marine de l’Université de Rimouski, dans l’objectif d’enregistrer des sons sous-marins provenant du fleuve, à proximité de la ville. «Sur la bande que j’ai utilisée, pendant une heure, on entendait un bateau passer», se rappelle Caroline Gagné pour illustrer la distance que parcourt le son sous l’eau. « Je me suis mise à dessiner les cargos du Fleuve, même à Québec. C’est devenu une fascination », déclare-t-elle.

À l’automne, l’élève et le maître, armés d’enregistreurs, de micros et d’une caméra, sont embarqués sur un cargo allemand de la Marine Service International (MSI). L’expérience professionnelle de Caroline lui disait de ne pas se dévoiler à l’avance, de peur que l’équipage se méfie et refuse de collaborer. Elle a alors attendu de rencontrer le capitaine sur place pour lui annoncer qu’elle avait l’intention de faire de la captation sonore et vidéo. Son jugement s’est avéré bénéfique pour la suite des choses; ce dernier n’a pas hésité à proposer des endroits sur le bateau qu’elle aurait pu oublier ou simplement ignorer. « Par ma présence, son regard changeait sur son propre univers. Pour lui, c’est un contact avec l’art qui est autre que d’aller voir une exposition dans un musée », raconte-t-elle.

Les résultats de cette escapade maritime seront dévoilés au grand jour à compter du 17 février, à la grande galerie de l’Oeil de Poisson. Caroline Gagné fait partie des 125 artistes d’ici et d’ailleurs participant à la douzième édition du Mois Multi, un événement qu’elle suit d’année en année, «pratiquement depuis le début», a-t-elle spécifié. «Je suis honorée qu’on pense que mon travail puisse être un apport au Mois Multi. Cargo va côtoyer des œuvres qui ont fait le tour du monde. Je me sens en dialogue avec ces œuvres-là», souligne l’artiste, fière d’être à Québec pour présenter son travail.