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Le drame rencontrait l’humour sur la scène de la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec pour la pièce Le cas Joé Ferguson d’Isabelle Hubert, dans une mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette. Ses quatre interprètes ont fait vivre avec brio le choc ressenti par la population d’un petit village suite à un événement traumatique, ses silences lourds de sens, puis son cheminement par la réflexion et le partage vers un hypothétique pardon.

Camille Dubé (Joëlle Bond), étudiante en criminologie dans une université montréalaise, recherche le cas parfait afin de documenter son mémoire au nom à rallonge La détérioration du climat social en zone rurale dans un contexte de crime violent. À la suite d’une expérience malheureuse sur le terrain en Arkansas, elle se fait orienter vers un petit village québécois où a récemment eu lieu un crime particulièrement sordide.

Joé Ferguson, un jeune homme de 21 ans au passé nébuleux, a assassiné à l’arme blanche la directrice de son ancienne école primaire, soeur Laurette, avant de retourner cette arme contre lui. L’étudiante se rend donc sur place pour en savoir un peu plus sur la vie du meurtrier, mais également pour constater les effets du drame sur les habitants du village. Elle se bute tout d’abord au malaise, au doute et au silence. On ne s’ouvre pas comme ça à une étrangère.

Installée dans un hôtel kitsch du patelin, elle y fait la rencontre de Dereck Roy (Steven-Lee Potvin), espèce d’homme à tout faire qui peut se montrer aussi gauche que sensible, la directrice du salon funéraire de l’endroit, Dorothée Berthier (Sylvie Drapeau), toujours prompte à rappeler à Camille de ne pas brusquer la population toujours ébranlée, et Valérie Babin (Valérie Laroche), secrétaire de l’école qui entretient tout d’abord de sérieuses réserves par rapport à l’étudiante et ses questions.

Le jeune homme derrière le meurtrier

À force d’insistance, et grâce à un rapprochement avec Dereck, l’étudiante réussit à en savoir davantage sur le jeune homme que fût Ferguson, de son enfance difficile au rejet ayant marqué son passage sur les bancs d’école.

L’hostilité exprimée par certaines personnes lorsqu’ils remarquent la présence de l’urne du tueur auprès de leurs disparus se voit alors mise en parallèle à la souffrance d’une mère endeuillée et aux témoignages de gens qui ont vu et su des choses sans ne jamais intervenir. Alors que les langues se délient, tout en ne minimisant jamais l’horreur du crime, un tableau plus clair se dessine.

Une écriture toute en nuance

L’une des principales surprises de la pièce qui en est à sa deuxième mouture (elle a été présentée au Théâtre du Bic de Rimouski à l’été 2016) est la manière avec laquelle l’auteure Isabelle Hubert manie l’humour malgré la gravité des thématiques abordées.

Le personnage interprété par Joëlle Bond émaille tout le long du parcours ses interventions d’une saine dose d’ingénuité, dans ses discussions orageuses avec sa mère, comme dans sa relation ambiguë avec Dereck. C’est probablement ce long malentendu avec le jeune homme qui a provoqué les rires les plus sincères de la part du public. Même les personnages d’adultes plus mûres interprétés par Drapeau et Laroche y allaient de quelques remarques assassines et amusantes.

L’humour contenu dans les dialogues ne vient toutefois pas nuire à la charge émotive de la pièce. Le Dereck cabotin s’efface lorsque vient le moment des réminiscences d’un Ferguson écolier, seul et abusé. Même chose pour la secrétaire Babin, le temps des confidences arrivé. L’interprétation muette, mais très belle d’un deuxième rôle par Valérie Laroche (la mère de Ferguson) participe par la bande à une compréhension nuancée du personnage de la secrétaire parfois exubérante en début de récit.

Malgré quelques rires bien sincères, on ne ressortait pas de la représentation sans être imprégné du sujet de fond de l’œuvre, soit notre rapport à l’irréparable, à un possible pardon, toujours guidé par un besoin de comprendre.

Une mise en scène simple, mais efficace

La mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette, jamais statique, profite de jeux de lumière efficaces variant selon le lieu et le ton de certaines scènes. Le décor est quant à lui simple, mais brillamment construit, se transformant en un glissement de panneau en chambre d’hôtel, en columbarium, en secrétariat d’école.

La musique créée par Andrée Bilodeau et Patrick Ouellet souligne bien l’émotion de certains moments névralgiques de la pièce sans faire dans la grandiloquence, une enveloppe sonore discrète sauf en transition entre les scènes.

Le cas Joé Ferguson est présenté par le Théâtre du Trident jusqu’au 25 novembre.


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