Treize ans après L’Auberge espagnole, près de dix ans après Les Poupées Russes, Cédric Klapisch renoue avec Xavier, Martine, Wendy et Isabelle, maintenant à l’aube de la quarantaine, mais toujours aussi attachants et irrésistibles que lors de leurs jeunes années.

Ah, il est loin, le séjour Erasmus à Barcelone, avec ses folles rencontres, ses amours compliquées et ses inévitables questionnements existentiels. Xavier (Romain Duris,  drôle et tendre à la fois) est désormais un écrivain bien établi, père de deux enfants de surcroît, installé à Paris où il vit avec Wendy (Kelly Reilly, impeccable) depuis maintenant dix ans. Mais, bien entendu — et au grand plaisir de son éditeur, toujours friand de drames —, le bonheur de Xavier est éphémère : voilà que Wendy se fait glaciale et distante, tombe amoureuse d’un riche Américain pour qui elle quitte son amant français, et part s’installer à New York avec leurs deux enfants. C’est le choc. La vie bien rangée de Xavier éclate. Du jour au lendemain, il se retrouve à New York, hébergé un temps par son « pote » Isabelle (Cécile de France, qui se la joue garçonne et cougar), déménagée avec sa douce aux États-Unis. Pour couronner le tout, les deux amoureuses attendent un enfant ; Xavier a aimablement fourni l’indispensable semence à sa meilleure amie…

On le devine, l’existence new-yorkaise de Xavier va vite se révéler très, très compliquée, entre l’inévitable débat sur la garde partagée qui l’oppose à Wendy, l’épuisante recherche d’un appartement abordable, l’écriture d’un nouveau bouquin et la rocambolesque quête pour un permis de travail américain. Sans oublier les visites impromptues de Martine (Audrey Tautou, délicieusement émotive et merveilleusement pétillante), maintenant mère célibataire de deux marmots, mais toujours femme de caractère, de passage à New York pour affaires… Bref, Xavier se retrouve devant un joyeux foutoir : à quarante ans, le voilà qui cherche encore un sens à sa vie.

Bien entendu, avec ce troisième chapitre, Klapisch ne réinvente rien. Le ton est léger, malgré certains sujets sensibles, et il se dégage de la narration de Xavier comme des dialogues un parfum de jeunesse pas tout à fait envolée, et sans cesse répétée. Si la réalisation est rythmée et souvent enlevante, marquée par de belles idées et un grand dynamisme formel (on notera entre autres les flash-back en collages et les cartes de New York qui prennent vie), le film nage toujours entre la réflexion générationnelle et un amusant badinage. Mais malgré tout cela, malgré le sentiment de déjà vu, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouve l’univers joyeusement bordélique du cinéaste français, et que l’on renoue avec les espoirs et les déboires de quatre des plus attachantes figures du cinéma français. La recette est éprouvée, certes ; mais le produit est toujours aussi délicieux. Avec Casse-tête chinois, Cédric Klapisch nous offre une comédie intelligente au charme fou, servie par des acteurs qui s’amusent, et qui incarnent des personnages que l’on aime aimer. À la folie, encore une fois.