Cela se passe le 20 novembre 2006. Mais ça aurait pu se passer le 20 avril 1999. Ou le 14 décembre 2012.

Cyril Schreiber

Courtoisie : Yanick MacDonald

Cela aurait pu être l’histoire d’Eric Harris et Dylan Klebold, ou celle d’Adam Lanza. C’est
celle de Sebastian Bosse, 18 ans, Allemand habitant à Emsdetten. C’est-à-dire aujourd’hui,
maintenant, ici. Un adolescent frustré, humilié, qui ne trouve pas sa place ? Oui, mais. Le
symbole des ratés, des exclus. Le porte-parole des laissés-pour-compte, des muets, des invisibles. Ceux que l’on n’entend d’habitude pas, mais de plus en plus ces dernières années.

On sait comment ça va finir, Sebastian nous le répète sans cesse : il va tuer le plus de
personnes possible avant de s’enlever la vie, qui n’a à ses yeux aucune valeur. Et il veut
qu’on se souvienne de lui, que son visage soit gravé dans nos crânes.

Sebastian, c’est Christian Lapointe. Une performance époustouflante, à glacer le sang.
S’adresse directement au public, lui pose des questions, auxquelles personne n’ose
vraiment répondre – « C’est du théâtre », mais c’est aussi la vie. Va voir certains spectateurs,
à qui il parle en les regardant droit dans les yeux. Troublant.

Celle qui tire les ficelles, c’est Brigitte Haentjens, qui a décidé de mettre en scène ce texte
percutant et pessimiste du suédois Lars Norén, adapté à la sauce québécoise dans le
registre langagier. Sans aucun artifice que cette lumière blanche crue. Point de musique ou
de décor. Si peu d’accessoires – une craie, une chaise, une table, un bol d’eau, et un grand
sac de sport contenant – on s’en doute.

On ressort, c’est peu de le dire, sonné, KO. Forcé de réfléchir sur soi-même, sur notre
société. Ça fait mal. Se reconnaît-on dans les propos de Sebastian ? Un peu, forcément. Et s’il avait, quelque part, raison ? C’est peut-être ça qui fait le plus peur : son discours, horrible,
a un fond de vérité. Et si la violence reste un moyen d’expression inacceptable, elle éclot de
plus en plus souvent, inévitablement. Des Sebastian, Eric, Dylan ou Adam naissent chaque
jour. Et ça, ça n’est pas du théâtre. C’est arrivé – ça arrivera près de chez vous.

Quoi ? Le 20 novembre
Qui ? Texte de Lars Norén, mise en scène de Brigitte Haentjens, interprétation de Christian
Lapointe
? Studio d’essai du Complexe Méduse
Quand ? Jusqu’à samedi 9 mars 2013