Le voile gris

François Delisle propose dans son dernier long-métrage une histoire de deuils où les choix qui sont faits mènent à la réalité que les personnages vivent. Lent et calme, le film coule de lui-même et sans qu’on ne s’en rende compte, nous emporte dans l’émotion vive qu’est la douleur.

Hugo, le fils de Christophe (Sébastien Ricard) et d’Irène (Fanny Mallette), est disparu il y a dix ans. Christophe a passé une décennie de deuil à noyer sa peine dans les vagues du Mexique. Irène s’en remet et tente de faire sa vie car, au fond, le temps fait son œuvre.

Lorsque le corps d’Hugo est retrouvé, un deuil qui semblait lointain refait surface, plus violent que jamais. Tristesse, soulagement… retrouvailles. C’est en vivant un deuil pour la deuxième fois que les parents d’Hugo vivent en même temps de doubles retrouvailles : celle de leur fils, aussitôt perdu, et celle d’un amour brisé par la mort de l’être cher. Un amour auquel on voudrait donner une chance.

Fanny Mallette et Sébastien Ricard sont solides dans leur rôle de parents éplorés. Sans nécessairement surjouer la peine, ils vont chercher un sentiment de détresse qui va bien au-delà des larmes. On n’oublie jamais ce qui ne va pas. Le rythme très lent du film ne le permet pas au spectateur.

Si on avait pu voir un film qui s’appuyait beaucoup sur les mots et les dialogues dans le dernier film de François Delisle, Météore, Chorus est beaucoup moins verbeux et repose plus sur l’émotion, les silences et les non-dits.

Le noir et blanc est une aventure hasardeuse. Un peu comme dans le dernier film de Stéphane Lafleur, Tu dors Nicole, la teinte grise agit comme un voile ou un rideau enveloppant les personnages de l’émotion choisie. Si Tu dors Nicole s’était révélé un abîme profond d’ennui, Chorus s’inscrit davantage dans le registre du deuil.

Le thème de la perte englobe tous les autres. La perte d’un enfant, celle d’une relation : toutes ces émotions se tournent et se retournent dans la soupe au malheur que François Delisle a savamment concoctée.

Tout n’est pas noir cependant et c’est bien là l’exploit de jongler avec autant d’émotions, sans gâcher la saveur.

4/5