Crédits photo Katya Konioukhova

Ciseaux : un pan d’histoire québécoise et LGBTQIA2+ au féminin

Dans le cadre de sa 23e édition, le Carrefour international de théâtre présentait le cabaret documentaire Ciseaux de la compagnie de théâtre de création Pleurer Dans’ Douche. Retour sur ces soirées des 29, 30 et 31 mai dernier, à la veille du Mois de la fierté 2023, qui nous auront toustes à la fois ému.es et motivé.es à poursuivre avec d’autant plus d’ardeur ces luttes LGBTQIA2+ dans une perspective féministe. 

Par Frédérik Dompierre-Beaulieu (elle), journaliste multiplateforme

Création et mise en scène : Pleurer dans’ Douche | Interprétation : Geneviève Labelle et Mélodie Noël Rousseau | Assistance à la mise en scène : Geneviève Gagné | Conseil dramaturgique : Gabriel Cholette | Direction de production : Geneviève Voyzelle | Direction technique : Sarah Merrette-Fournier | Conception vidéo et mapping : Joy Boissière et Kimura Byol | Conception lumières : Joëlle LeBlanc | Conception costumes : Angela Rassenti | Conception scénographique : Jeanne Dupré | Conception sonore : Marie-Frédérique Gravel | Musique : Calamine avec Kèthe Magané (prod, guitare et basse), Valérie Lachance-Guillemette (Saxophone et vibraphone), Arthur Evenard (Keys) et Sarah Dion (perceussions) | Conseil au mouvement : Anmarie-Paule Legault | Régie : Marie-Frédérique Gravel et Joy Boissière | Illustration et création du zine : Geneviève Darling

Quelle joie que d’enfin recevoir Ciseaux à Québec ! Si le chemin tracé par Mélodie Noël Rousseau et Geneviève Labelle prend plutôt ancrage dans un pan d’histoire lesboqueer montréalais, ce spectacle réussit assurément à créer des solidarités au-delà l’espace géographique réinvesti. Pour tout dire, je ne connais presque rien des quartiers de Montréal, mais je me suis pourtant surprise à tout de suite plonger, sans hésitation ni barrières, dans ces espaces vibrants de résistance auxquels nous convient les deux interprètes (pour qui j’ai eu un coup de coeur, je dois le dire).

Je m’excuse d’avance à celleux qui m’ont déjà entendu à maintes reprises, mais j’ai absolument capoté. C’est qu’il y a quelque chose de très fort dans ces lieux communs que l’on explore et redécouvre ensemble, de sorte à créer à même la salle un sentiment de communauté, d’appartenance et d’affirmation qui fait du bien. Si certaines scènes touchent effectivement des cordes sensibles et mettent en lumière le chemin tortueux des femmes queer et lesbiennes, la violence et l’invisibilisation à leur égard (Les gouines ne sont pas dans les livres d’Histoire!) , Ciseaux invite surtout à l’acceptation, l’inclusion, ravive la flamme et nous redonne collectivement envie de se réapproprier nos identités, nos corps et nos histoires, radicalement ou en toute tendresse (pourquoi pas les deux?). En conviant la parole de nombreuses femmes et militantes de toutes générations – Claudine Metcalfe, Katya Konioukhova, Julie Vaillancourt, Lise Bernard, Line Chamberland, Manon Massé, Lucie Dugay, Monique Giroux, Élira-Néon St-Onge, Calamine, Safia Nolin, Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo, Susanne Serres, Judith Lussier, Eugénie Lépine-Blondeau, Line Chamberland, Cam Poire et Diane Heffernan – Ciseaux informe, éduque, et procède d’une reprise du narratif à même nos codes, nos langages, nos corporéités et nos récits, intimes et collectifs. Il y a là une refonte de l’Histoire avec un grand H, celle d’une histoire par et pour les femmes et les personnes queer, avec justesse, intelligence, humour et une grande sensibilité. Bien que je ne m’affiche pas ouvertement comme appartenant à la communauté (c’est tu un genre de coming out?), cet instant de partage et de célébration m’a fait sentir valide, légitime, vue. Je pense que si j’ai autant trippé, c’est parce que ç’a été aussi très libérateur. Ciseaux c’était un peu, sans le savoir, la pièce dont j’avais besoin.

Voici, en plus, quelques critiques (voire éloges) et commentaires récoltés auprès du public :

Geneviève Labelle et Mélodie Noël Rousseau réalisent un important devoir de mémoire tout en conviant le public à un moment de célébration. Vivement le droit d’être loud and proud au théâtre! Certes, on revient sur le chemin parcouru – voire on le découvre – mais on ne perd pas de vue tout ce qu’il reste à accomplir. On oscille entre rires, soulagement, révolte et gratitude. Un superbe équilibre. Une pièce d’un humour intelligent, sans temps morts, qui fait réagir le public tout haut quand il n’est pas en train de se dandiner sur son siège. C’est aussi un stimulateur de curiosité : je veux tout savoir sur la descente au Truxx, sur Jeanine Maes.

J’ai éprouvé beaucoup de reconnaissance envers celles qui nous ont précédé pour qu’on puisse aimer librement. À en être émue aux larmes dès les premières minutes, encore, bien que j’aie déjà vu la pièce à Montréal il y a quelques mois. Ciseaux m’a surtout donné le sentiment d’être vue, célébrée, normalisée. Ça, c’est infiniment précieux. (Pis on va se le dire : décalisser des stéréotypes, ça fait toujours du bien). – Maxime Desmeules, elle

 

J’aurais envie de renommer la pièce « Colle » pour sa façon de lier tous les pans de l’histoire lesbienne si efficacement. Une colle d’écolier parce que personne ne peut sortir de ce spectacle sans avoir appris quelque chose. Je recommande Ciseaux à tous les êtres humains qui ont envie de se faire un cadeau au cerveau, au coeur et à la rate. Aux curieuses et curieux qui sont prêts à pleurire ensemble. – Frédérique Larouche, elle/she

 

Cette pièce est un chef d’oeuvre et est d’une importance inestimable. Voir l’Histoire se défiler sous nos yeux pendant 90 minutes nous rappelle qu’il ne faut pas oublier toutes ces grandes dames lesbiennes qui ont pavé le chemin avant nous. 

Je suis sortie de cette pièce et je n’avais qu’une seule envie, partir une grande révolution ! Le récit de Geneviève et Mélodie a validé les efforts que je fais au quotidien pour mes droits et ma visibilité en tant que femme lesbienne. – Joanie Moreau, elle

 

C’était un show plein d’émotions, revendicateur et plein d’amour.  – Judith Euphorie, elle

Pour écouter l’entrevue radiophonique de ma collègue Maxime Desmeules avec Geneviève Labelle et Mélodie Noël Rousseau dans le cadre de la pièce, c’est ici.

Le lien pour la version web du zine.

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Crédits photo Katya Konioukhova