« Vous avez un coupable sous les yeux. » C’est de cette façon qu’est présenté l’ours polaire qui trône devant la salle d’exposition de la Bibliothèque depuis quelques semaines. Plus qu’un ours en peluche géant, le mammifère est l’une des pièces maîtresses des collections de l’Université Laval, ensembles totalisant plus d’un millions de spécimens, d’artéfacts et d’objets en tous genres. 

Le cabinet de curiosités de l’Université Laval « est né de l’idée de mettre en valeur les collections », constate d’entrée de jeu Stéphanie Bois-Houde, chargée de conservation et de restauration à la Bibliothèque. « On a beaucoup de minéraux, d’animaux, d’oiseaux, des objets de folklore et des moulages, alors on voulait tous les représenter. Quand on regardait la trame de nos choix, on avait vraiment entre les mains un cabinet de curiosités », poursuit-elle.

La trentaine d’objets exposés proviennent des collections de l’Université : un vitrail du Moyen Âge, des œuvres de René Richard, des livres rares, des appareils scientifiques, etc. On ne saurait passer sous silence l’ours polaire, « personnage emblématique des collections qui a été pensionnaire au Zoo de Québec de 1936 à 1942 », avant d’être abattu lorsque son gardien a été mortellement blessé, raconte Mme Houde.

Insectes, animaux et tutti quanti

Toutefois, ce qui est exposé n’est que la pointe de l’iceberg. Quelque part dans le sous-sol du Casault se trouvent plus d’un million de spécimens et d’objets de tout acabit. La réserve possède son lot d’insectes, d’animaux naturalisés ou dans le formol, de moulages et de vestiges archéologiques. Bref, un chaos organisé de vieilles « patentes ».

On y découvre d’abord une impressionnante quantité de spécimens d’animaux et d’insectes. Les armoires et vitrines renferment quelque 6 500 oiseaux québécois ou exotiques, plusieurs grands mammifères et quelques dizaines de milliers de mollusques. Si les spécimens sont plutôt communs, quelques-uns semblent sortis d’un autre monde : poisson-volant, paon aux milles couleurs, poissons aux allures préhistoriques, etc. La réserve possède également quelques « accidents » de la nature, comme un veau à deux têtes ou deux chevreuils morts les bois entremêlés.

C’est beaucoup ? Que nenni ! Près du tiers de l’inventaire est constitué d’insectes, dont plusieurs ont été légués par l’abbé Léon Provencher. Le naturaliste « aurait trouvé et nommé pour la première fois plus de 1 100 spécimens », relate Mme Wagner, dont un en l’honneur de l’Université, le Xylonomus Lavallensis Provancher. Des milliers de spécimens conservés, quelques-uns sont plus anciens : « On a des insectes qui ont été récoltés en 1845 », atteste-t-elle. Décidément, le temps semble s’être arrêté dans le 0730 du Casault.

Le Louvre à Québec

L’Université possède également un ensemble de moulages ayant appartenu à l’École des Beaux-Arts de Québec. Ces pièces sont issues de l’atelier de moulages du Louvre, raconte Mme Wagner. Donnée par le gouvernement français à l’École des Beaux-Arts dans les années 1930, cette collection permettait aux « étudiants de travailler avec des œuvres de grands maîtres sans avoir à aller en Europe ». Toutefois, la fermeture de l’institution et la reprise de ses activités par l’Université dans les années 1970 ne sonne pas le glas de cette collection. « Les moulages ont été mis de côté. Je suis allée les chercher sous les gradins du PEPS en 1978. Je les ai cachés pendant quelques années pour que personne ne les jette. »

Une autruche au Casault

Comme l’ours polaire, l’autruche est l’une des pièces les plus emblématiques des collections de l’Université. Le drôle d’oiseau, donné par le Musée du Québec [NDLR : anciennement le Musée des Beaux-Arts du Québec], est le sujet d’une légende urbaine qui a la vie longue auprès des étudiants. « Un moment donné, trois ou quatre étudiants sont arrivés aux collections pour venir voir l’autruche. J’ai trouvé ça tellement mignon, ils se sont fait photographier à côté », se souvient-elle. La bête légendaire a justement été installée à la vue de tous, dans l’un des locaux vitrés qu’occupe une partie des collections avant le déménagement de la réserve, prévu pour l’hiver. À défaut d’avoir un zoo à Québec, on pourrait toujours prendre des selfies avec l’autruche du Casault.

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Un enseignement concret

À l’origine, on ne collectionnait pas pour le plaisir d’admirer de beaux et rares objets. Les spécimens et artéfacts avaient une visée pédagogique. « Les professeurs qui allaient faire des fouilles se servaient de leurs artéfacts en salle de classe », raconte Mme Bois-Houde. Il en va de même pour les appareils scientifiques ou les spécimens d’insectes ou de plantes qui étaient partie intégrante de la formation universitaire.

Encore aujourd’hui, il est possible d’emprunter des pièces des collections à des fins de recherche et d’enseignement. « Un professeur ou un étudiant en arts visuels qui voudrait faire des croquis » pourrait accéder aux collections, comme un chercheur qui voudrait étudier un spécimen précis, affirme Mme Bois-Houde.

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Quelques chiffres

800 000 spécimens végétaux

375 000 insectes

6 500 oiseaux

20 000 mollusques

40 000 échantillons de minéraux

1 000 spécimens de fossiles

2 000 artéfacts provenant de fouilles archéologiques