Le théâtre du Trident présente jusqu’au 2 avril une fine mise en scène à la sauce québécoise de l’œuvre britannique à succès international : Constellations.

Une plateforme froide et ovale sur la scène obscure du Trident annonce la réflexion littéraire entreprise par l’auteur britannique Nick Payne, inspirée de la possibilité d’habiter un multivers selon des théories de la mécanique quantique. Deux autres lunes s’affichent dans le fond obscur de la scène afin d’accentuer subtilement l’illusion stellaire.

En contraste avec ce qui était évoqué par le décor cosmique minimaliste, Constellations met en scène une histoire d’amour entre deux personnages, Philippe l’apiculteur et Marianne la chercheuse physicienne, racontée à travers différents tableaux d’une vie ordinaire. Chacun de ces tableaux, s’enchaînant de façon disloquée dans le temps, est revisité successivement en altérant quelques caractéristiques des personnages.

Ainsi, les scènes d’une vie ordinaire s’alternent de façon désordonnée en référence à l’énoncé dérivé des observations en physique quantique supposant que « le temps n’existerait pas au niveau des atomes ».

C’est ainsi que prend forme la thèse scientifique énoncée au début par Marianne lorsqu’elle met en opposition, dans un discours enivré, l’existence du temps au niveau macroscopique et son absence à l’échelle atomique stipulée en mécanique quantique. Elle présume alors la possibilité de vivre une même situation dans plusieurs univers parallèles, donnant lieu à une multitude de possibilités de résultats pour tout ce qui est vécu.

La démarche est mise en scène initialement avec la première rencontre entre les deux personnages. Celle-ci se fait autour d’un barbecue chez une amie et est jouée successivement en changeant l’état civil de Philippe, puis en altérant quelques traits de leurs personnalités, ce qui les force soit à se séparer ou bien à se redonner rendez-vous à la fin de la séquence, ceci donnant lieu par la suite à la continuation de leur histoire.

Rapidement, on a l’impression de plonger dans une sorte d’exercice d’exécution théâtrale qui est repris pour chaque situation vécue par les personnages. Celui-ci est impeccablement accompli par Valérie Laroche et Christian Michaud, seuls interprètes de la pièce, à travers des performances maîtrisées de leurs personnages dans une multitude de jeux différents de la même histoire.

La mise en scène de Jean-Philippe Joubert nous fait voyager dans le temps : un anneau de lumières opère constamment sur le haut de la plateforme planétaire sur laquelle se déplacent nos personnages et les transforme par moments en aiguilles d’une horloge projetée sur la surface ovale. Il les convertit en cadrans solaires reflétant le défilement du temps de façon empressée entre chaque séquence du récit.

Les situations ordinaires s’enchaînent ainsi avec un humour du quotidien qui, bien que ne brillant pas par l’originalité des situations vécues, se montre très efficace devant une audience qui éclate de rire à chaque intervention du comique. Il est peut-être facile de s’identifier à cette vie, à ces rencontres, et de fantasmer sur les déroulements alternatifs qu’auraient pu prendre nos vies si on avait pris des décisions différentes.