Plus le temps avance et plus les corps s’empilent. Semaine après semaine, les efforts budgétaires demandés à l’Université Laval amènent leur lot d’annonces et d’incertitude. Qu’adviendra-t-il du financement et de la pérennité des ligues d’improvisation, projets théâtraux et autres initiatives étudiantes qui animent le campus? Impact Campus fait le point.

Sommée par l’Université de revoir à la baisse ses dépenses, la Direction des services aux étudiants (DSE) vient de déposer son « plan de coupures ». L’entité, qui regroupe entre autres le Centre d’aide aux étudiants, le Bureau de la vie étudiante (BVE) et le Bureau des bourses et de l’aide financière, se veut rassurante. « Dans le volet culturel, pour la prochaine année, le soutien aux associations parascolaires ne sera pas affecté », annonce Denis Bussière, directeur de la DSE.

Pour y arriver, l’unité administrative a dû « cibler certaines dépenses qui, en n’étant pas superflues, ont moins d’impact sur les services offerts aux étudiants », comme « les frais de réception », précise M. Bussière.

Des efforts similaires ont été faits au BVE. « On a travaillé très fort pour qu’il y ait le moins d’impacts possible sur les projets parascolaires », déclare Geneviève Champoux, directrice du BVE. Au final, « l’enveloppe de soutien aux projets étudiants devrait rester la même cette année », conclut-elle. La nouvelle aura de quoi réjouir les quelque 150 projets qui bénéficient annuellement de ce soutien de 60 000 $, dont la LIMUL et les Treize.

À la CADEUL, les fonds octroyés aux activités étudiantes ne bougeront pas d’un iota eux non plus. La présidente de l’association de premier cycle, Caroline Aubry, assure que ces commandites et subventions « n’ont rien à voir avec les coupes » qui font les manchettes depuis l’automne. « Ils sont essentiellement constitués des intérêts d’un fonds de la Fondation de l’Université qui est géré par la CADEUL », ce qui représente un montant de 35 000 $ à 40 000 $ par année, explique Caroline Aubry.

Le portrait du financement institutionnel comporte néanmoins une ombre de taille. Cet hiver, le vice-rectorat aux études et affaires internationales a sabré les commandites qu’il attribuait aux projets étudiants depuis des années. Cette décision affecte plusieurs associations parascolaires, dont la troupe de théâtre Les Treize.

Il n’a pas été possible d’obtenir une entrevue auprès du vice-rectorat aux études et affaires internationales ni auprès du vice-rectorat exécutif et au développement afin de discuter de la question.

Les efforts des facultés : l’exemple de la Nuit de la création

La semaine dernière, Le Devoir annonçait que les coupes imposées par le gouvernement libéral avaient eu raison de la Nuit de la création. Pour l’occasion, le Musée national des Beaux-Arts du Québec (MNBAQ) se transformait en lieu de création investi par nombre d’initiatives étudiantes.

Le projet, auquel participaient la Faculté des lettres et sciences sociales (FLSH) et la Faculté de musique, était un moment d’intense création pour les étudiants universitaires, de même qu’une « ouverture extraordinaire » sur le monde artistique, lance Dominique Potvin, responsable des actions culturelles du MNBAQ.

Samuel Auger, de la Direction des communications de l’UL, remet toutefois cette annulation en contexte, avançant que la FLSH « maintient son appui aux initiatives étudiantes afin de favoriser la diffusion et le rayonnement des activités culturelles de la Faculté », comme le premier Festival de théâtre de l’UL et le Festival du film étudiant de Québec.

Même son de cloche à la Faculté de musique. Selon Robert Gosselin, coordonnateur d’opérations à la Faculté, « les coupures actuelles n’empêchent pas la tenue d’activités artistiques et scientifiques ». Il précise toutefois que la Faculté devra « faire preuve de beaucoup de créativité » pour assurer que le « contenu artistique soit de haute qualité ».

La réalité étudiante

Sur le terrain, la force de l’impact varie selon le mode de financement des projets. Il semble que plus une association dépend de fonds provenant de l’Université, plus elle sera touchée.

Il semble que les deux ligues d’improvisation, la LIMUL et la LIDUL, ne fassent pas les frais des coupes budgétaires pour l’instant, leurs revenus provenant grandement de commandites extérieures et de la vente d’alcool les soirs de matchs. Émile Groleau, président de la LIMUL, explique que la ligue n’est pas « tellement touchée de façon directe » par les compressions, « mais plutôt de façon indirecte avec la hausse de tarifs qui compensent les coupes ». Il cite entre autres l’augmentation du prix des salles et l’accroissement des tarifs du Service d’ordre étudiant qui doubleront cet hiver.

Dans le petit monde de l’improvisation universitaire, il semble que l’initiative la plus touchée cette année ait été l’Open de la LUI. Dans les mois précédant le tournoi, la LUI apprenait qu’elle n’avait pas droit à l’aide de 1 000 $ que lui consentait d’ordinaire le vice-rectorat. « Cette année, on nous a annoncé que cette commandite ne serait pas renouvelée et ce, sans donner de raison », se souvient Alexis Thériault-Laliberté, responsable des communications de l’Open. « Nous n’arrivons pas à prouver que la coupure était directement en lien avec le contexte d’austérité, mais tout semble indiquer que c’est le cas ». Sans la campagne de sociofinancement qui a pallié cette perte, « l’Open aurait été déficitaire », conclue le porte-parole.

Les Treize ont également vu leurs commandites institutionnelles coupées cette session. D’ordinaire, un montant de 100 à 250 $ était attribué à chaque production, ce qui représente une contribution d’importance, explique la présidente de la troupe, Laura Maltais-Provençal. Cet hiver toutefois, les projets ne pourront compter sur une telle aide : « Le vice-rectorat aux études a clairement cessé les dons et les commandites à toute association étudiante ». Les commandites des députés provinciaux fondent également comme neige au soleil en raison de l’austérité, constate la jeune femme.

Dans un tel contexte, les productions devront miser sur l’autofinancement et « revoir leur budget à la baisse ». « C’est peut-être la scénographie qui va en prendre un coup, voire les costumes et les cachets versés aux metteurs en scène », assume la présidente qui assure toutefois que la troupe « n’est pas en danger financièrement. »

Un sort incertain

Bien qu’il soit nécessaire de nuancer l’impact qu’ont les compressions sur les projets culturels de l’UL, la vie étudiante n’est pas à l’abri de la tempête Austérité. De l’avis de Mme Champoux, de plus importantes coupes « peuvent fragiliser la vie culturelle du campus », notamment en affectant plus durement les associations parascolaires.

La fonte des commandites se répercutera sur sa vitalité. Plus souvent qu’autrement, la concrétisation d’une idée, aussi originale soit-elle, dépend du financement disponible. « Les étudiants ont plusieurs projets, mais par manque d’argent, un certain nombre d’entre eux ne vont jamais éclore », avance Yannick Castel-Girard, président de la LIDUL.

Et c’est là que le bat blesse. À moyen et à long terme, les restrictions budgétaires gangrèneraient à coup sûr la vie parascolaire. « Si on organise moins d’activités culturelles, c’est la vie étudiante qui s’en ressort », conclut Caroline Aubry.