Souffle nouveau

Il y a deux Fanny Bloom. La première se prélasse dans un décor des années 80 dans le vidéoclip Parfait parfait en répétant « le parfum sur toi reste collé à mes vêtements ». Insupportable. La deuxième nous scie les jambes dès les quinze premières secondes de l’album en admettant d’entrée de jeu : « Ce que je voudrais n’existe pas ». Démentiel. On le sait, du moins on l’espère : la vraie, c’est elle.

Mis à part les chansons Parfait parfait et Tes bijoux, décevantes, le reste de l’album est renversant. Si les thèmes de la rupture et de la désillusion reviennent souvent, la jeune musicienne maîtrise suffisamment bien sa plume pour que l’on ne s’en lasse pas. Elle nous livre quatorze textes que l’on apprécie pour autant de raisons : la nature brute de Ce que je voudrais, la naïveté de Respirer la fumée, la douce ironie de Apprentie guerrière.

Sa voix, parfois cassante et légèrement venteuse, assure l’équilibre parfait entre les paroles et les mélodies. C’est d’ailleurs une des rares voix « de petite fille » dont on n’est pas saturé après le premier couplet. Quelques mots nous échappent, par contre, et il faut retourner dans le livret pour bien les comprendre.

Les arrangements, bien que complexes, ne font jamais ombrage à la chanteuse. Notre Fanny, puisqu’on a l’impression de la connaître au bout de quelques minutes seulement, reste en premier plan, et c’est tant mieux.

Bloom, c’est un souffle nouveau dont le Québec devrait se réjouir. Une de ces découvertes « coup de poing », que l’on se surprend à écouter en boucle aujourd’hui, même si on a d’abord suspecté un charmant dédoublement de personnalité.

Reste à voir laquelle des deux Fanny aura le dessus sur l’autre.

3.5/5

Miléna Babin