Groupe au nom énigmatique, Eugène et le Cheval qualifie sa musique d’indie psychédélique, une étiquette qui colle plutôt bien à son deuxième album lancé en septembre dernier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la formation de Montréal, en activité depuis 2008, a résolument de la suite dans les idées : après un premier album intitulé Plantes carnivores et autres mécanismes de défense, elle est de retour avec Pertes de mémoire et autres mécanismes de défense.

C’est un univers complètement déjanté qui se déploie sur les dix chansons du disque, où on peut se faire manger la tête par des animaux (La ruche), voler des voitures pour s’habiller comme un roi (Foam), manger de l’asphalte (La mémoire) ou vivre dans une capsule futuriste (La capsule). On comprend mieux cette couleur surréaliste lorsqu’on sait qu’ « Eugène » réfère à Eugène Ionesco, maître du théâtre de l’absurde qui se mérite d’ailleurs un clin d’œil (involontaire ?) sur la sixième plage du disque (Les chaises).

Ce qui fascine chez Eugène et le Cheval, c’est la capacité à créer des ambiances progressives et enivrantes, accompagnées par le chant nonchalant de Pierre-Paul Giroux qui livre un texte tantôt hyper poétique, tantôt complètement anodin. Le groupe semble avoir pris beaucoup de liberté sur cette deuxième galette dont la création a été exclusivement faite en studio, en simultané avec l’enregistrement. Notons au passage des ajouts intéressants au groupe comme José Major (Marie-Pierre Arthur, Jimmy Hunt) aux tambours, ainsi que la supervision de Guillaume Chartrain (Louis-Jean Cormier, Patrice Michaud) au mixage.

Dans son ensemble, Pertes de mémoire et autres mécanismes de défense semble flotter dans l’air du temps pop-rock de la métropole, avec des airs accrocheurs à la fois électro-contemporains et synthé-nostalgiques, en plus d’être complètement francophone. Si l’album ne deviendra sans doute pas un classique, il s’avère une très belle découverte qui s’apprécie d’avantage avec chaque écoute. Ne manquez surtout pas leur passage sur une scène près de chez vous.

4/5

Émilie Rioux