Jouer d’audace

Le premier album de Lisa LeBlanc, c’est quarante-quatre minutes et six secondes de sourire en coin. On l’imagine manier aussi habilement sa guitare que son banjo, hocher la tête en nous balançant en plein visage les paroles de ses chansons. On devine la tête de ceux qui vont gagner des billets de spectacle à la radio et qui ne sauront pas à quoi s’attendre. C’est qu’elle chante à tue-tête des choses que l’on n’aurait jamais osé dire tout bas. Elle nous venge pour toutes ces fois où il a fallu se tenir tranquille.

Lisa LeBlanc ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, à moins que ce ne soit les fleurs d’un tapis de « motel cheap su’l’bord du highway ». On n’irait pas jusqu’à affirmer qu’on a affaire à une grande poète, mais pourtant, on ne déplacerait pas la moindre virgule dans ses textes parsemés d’anglicismes et de tournures de phrases typiques de son coin de pays. C’est avec son accent acadien parfaitement assumé qu’elle dresse le portrait de tout ce qui ne tourne pas rond, même si cela doit souvent passer par l’autodérision.

Cet album éponyme, réalisé par Louis-Jean Cormier, est la preuve qu’il ne s’agit pas de s’entourer du plus grand nombre de musiciens et d’arrangeurs possible pour livrer un produit de qualité. On reconnaît le travail remarquable de ses fidèles musiciens Maxime  Gosselin (batterie) et Jean-Philippe Hébert (guitare), et on admire la polyvalence de Cormier, qui se faufile derrière un instrument différent à chaque chanson. S’ajoutent à cela quelques collaborations spéciales et des chœurs efficaces : une formule gagnante, finalement. Le réalisateur s’en est tenu à l’essentiel et le résultat est impressionnant. Cet album a beau être minimaliste, il demeure complet. Ne s’agit-il pas du plus grand défi?

On peut très bien ne pas aimer, on peut surtout ne pas être prêt, mais dans un cas comme dans l’autre, il faut tout de même admettre que l’on tient quelque chose.

Câlisse-nous pas là, Lisa.

3.5/5

Miléna Babin