C’est un son grésillant et saturé que nous sert le groupe Hôtel Morphée dans son dernier opus. Coupant avec les sons clairs et doux de l’album précédent, Rêve américain amène une lourdeur et une violence que l’on ne connaissait pas du quatuor montréalais. L’ensemble se trouve agrémenté d’un effet d’écho constant, rajoutant au côté onirique de la chose, en plus de se voir assaisonné d’un chaos affreusement bien contrôlé. Ces deux procédés amènent un rythme tout particulier à cet album qui brille de par ses qualités musicales.

Avec la chanson éponyme, le rythme fort nous fait balancer la tête d’avant en arrière, tandis que sur Monroe est morte, c’est plutôt notre bassin qui se fait aller grâce à des sons presque groovy. La pièce Des milliers de gens nous porte dans l’univers du rêve et nous rappelle étrangement les Sonic Youth. Ainsi, chaque morceau se détache facilement de l’ensemble tout en étant parfaitement à sa place.

Étrangement, c’est le morceau Dernier jour, un simple sorti cet été, qui est l’élément perturbateur de l’album. Sans être mauvais, il nous laisse comme une drôle d’impression après l’écoute : un peu trop bonbon, le timbre se marie mal avec les mélodies pesantes et rêveuses des autres chansons.

Malgré le côté instrumental fort et entraînant de l’album, on finit par se lasser des voix. En effet, hormis quelques exceptions (comme Je reviendrai, merveilleusement auto-tuné), le chant est fort similaire d’une chanson à l’autre, ce qui devient frustrant à la longue. Les textes auraient pu régler le problème, mais le champ lexical est le même pour la plupart des chansons. Il faut dire que l’absence de livret nuit fortement à l’appréciation des textes.

Un peu faible lors d’une écoute active étant donné un léger manque d’énergie et une voix trop peu variée, c’est par contre comme musique d’ambiance que le second album d’Hôtel Morphée se révèle intéressant. En outre, l’œuvre se démarque facilement de la majorité des autres albums pop.

André-Philippe Doré

3,5/5