Le pessimisme de Molière

C’est un fait toujours remarquable que les personnages de Molière eux-mêmes jouent la comédie comme s’ils avaient fait du théâtre toute leur vie. Non seulement ont-ils le sens de la mise en scène, mais toutes les occasions sont bonnes pour se faire passer pour un autre afin d’en berner quelques-uns. Et ce n’est pas avec moins de naturel que la troupe des Treize nous a interprété le Bourgeois gentilhomme. Dans des rôles qui semblaient avoir été écrits spécialement pour eux, les douze acteurs s’en sont donnés à cœur joie. La force de cette interprétation résidait sans doute dans les élans improvisés que se permettait Dallaire et que les autres devaient maîtriser sans que rien n’y paraisse. Et rien n’y a paru.

Lorsque l’on parle du bourgeois gentilhomme, c’est de M. Jourdain dont il s’agit. Et l’on en parle toujours autant que l’on en rit. Cet homme cherche en fait à devenir gentilhomme de naissance –la belle affaire– en prenant en main son éducation. S’il se montre, au fond, peu intéressé envers les disciplines qu’il approche, il faut reconnaître que ses « professeurs » sont pédants plus qu’il n’en faut. On aurait pu croire, malgré tout, qu’il finirait bien par apprendre quelque chose, au moins par apprendre qu’il est ridicule. Mais non. N’y a-t-il pas quelqu’un pour vouloir son bien? Non plus. Lui dira-t-on que l’on s’est moqué de lui? Sans doute. Mais Molière n’est pas intéressé à nous le montrer sur scène. Tout ce qu’il nous montre, c’est un homme avec qui il n’y a rien à faire… si ce n’est une comédie. Mais Molière ne cherche-t-il pas a éduquer son public ? Ce n’est pas certain…

Maxime Vachon

Monsieur Jourdain à l’université

Le bourgeois gentilhomme de Molière a été révisité à travers les siècles. Qu’a donc de particulier cette nouvelle mise en scène signée Tanya Dykstra, pour la troisième production automnale des Treize ? Assurément un parti pris visuel, où les déplacements physiques des comédiens, leurs costumes et leurs mimiques en tous genres sont au cœur de la proposition théâtrale. Peu de décor, pour un dépouillement original : tout est justement concentré sur la distribution, qui comporte pas moins de douze acteurs. Parmi ceux-ci, c’est François Dallaire qui vole la vedette : son Monsieur Jourdain est fantasque, extraverti et très convaincant. On regrettera seulement un certain essoufflement à mi-parcours, dû à l’élaboration d’intrigues qui ne concernent Jourdain que de loin, ainsi qu’une mise en avant de l’humour qui masque un peu le message social de la pièce. Le divertissement est cependant réussi, et l’on ne peut que s’amuser souvent devant cette pièce de théâtre étudiante mais bien ficelée.

Cyril Schreiber