DanslenordcoverUn récit on ne peut plus simple : Paul, alors à la fin de son secondaire, change d’école et se lie avec un nouveau groupe d’amis, lesquels, durant les vacances, passent leur temps dans des chalets un peu perdus au nord du Québec. On retrouve tous les éléments d’un récit d’adolescence classique, soit les premiers amours, les premières grosses brosses, les voyages sur le pouce et, bien sûr, la fameuse crise d’adolescence.

On ressent parfois chez les amateurs de bande dessinée (surtout américaine) un certain ressentiment envers les histoires réalistes et semi-autobiographiques. On a l’impression que, depuis Chester Brown, rien de nouveau n’a été fait. Et en effet, on nous sert souvent une recette similaire : des propos crus, des techniques graphiques et narratives aux frontières du comix américain et de la nouvelle vague franco-belge, auxquels on ajoute un certain jeu narratologique.

Si, chez Rabagliati, on ressent cette influence contemporaine qui prédomine chez les bédéistes à la mode, on ne sombre toutefois pas dans un pseudo-intellectualisme pédant et on reste sincère, chose qui a toujours fait des divers opus de cet auteur des succès autant critiques que commerciaux. L’auteur de Paul dans le Nord, bien qu’il utilise à outrance des techniques vues et revues, ne le fait pas pour s’attirer les bonnes grâces de lecteurs connoisseurs de bande dessinée indépendante, mais clairement parce que ces procédés servent son récit et lui infèrent un certain rythme.

Cependant, on percevra quelques éléments du récit qui ne serviront au final à rien à part tenter d’induire dans l’esprit du lecteur un espèce de « sentiment artistique », justement hérité du comix. Néanmoins, la chose ne saurait miner le récit, car chez Michel Rabagliati, ce ne sont pas les procédés visuels et sémiotiques qui font la majeure qualité de l’œuvre, mais bien le récit en lui-même et les dialogues.

Quelquefois, les personnages semblent un peu trop polarisés, comme s’ils représentaient des fonctions plutôt que des personnes réelles, mais la chose ne se produit que rarement. La majorité du temps, on a l’impression de lire la vie d’humains et pas celle de simples dessins vides comme dans de nombreuses autres bandes dessinées. Quand ceux-ci parlent, on entend un adolescent de l’époque. Le langage est réellement celui d’un Montréalais de l’année 1976, pas un amalgame de français international et de sacres comme c’est parfois le cas en littérature québécoise.

Paul dans le Nord, c’est un récit d’adolescence comme les autres, un peu rocambolesque sur les bords, mais ancré dans le réel et dans les années 70. Parfois un brin trop nostalgique, mais tout à fait représentatif de l’époque. On peut reprocher à Rabagliati de jouer sur cette corde à nouveau, comme dans pratiquement toutes ses œuvres, mais, au final, on ne peut absolument pas considérer cette nouvelle itération de Paul comme mauvaise, ni même comme seulement moyenne. En fait, Paul dans le Nord est l’apex du style auquel il appartient : il ne le transcende pas, mais rend parfait tous les éléments qui le définissent.

4/5

Paul dans le Nord

Michel Rabagliati

Éditions Pow Pow

Sortie le 15 octobre