Le sixième album de l’artiste sherbrookois apparaît comme une étape logique dans son parcours : le style reste le même mais se raffine. On a affaire à une chanson pop très convaincante, à la simplicité assumée.

En jetant un œil au livret, on constate que la poésie de Vallières est nourrie par la littérature. Par exemple, les deux premiers vers d’En regardant finir le monde sont inspirés d’un poème de Marie Uguay, et un couplet de Lili trouve sa source dans Le calepin d’un flâneur, de Félix Leclerc, pour ne nommer que ces quelques influences.

L’ensemble bénéficie d’images poétiques fortes et touchantes : « On s’époumone comme des perdus/ En cherchant la paix des épaves » ( Loin ) ; « Icitte moi j’étouffe au grand air » ( Fermont )… Toutefois, les textes ne sont pas d’une richesse constante et on peut répertorier quelques rimes un peu faciles. Malgré cela, l’auteur-compositeur-interprète émeut et prouve qu’il sait être l’artisan de chansons efficaces; d’ailleurs, bien souvent, le propos se tiendrait tout seul peu importent les mots employés, tellement l’histoire est évocatrice ( Asbestos, Fermont, Mélie… ). Le romantisme à la On va s’aimer encore se glisse dans plusieurs chansons de Fabriquer l’aube et atteint son apogée dans L’amour c’est pas pour les peureux, moment fort de l’opus.

Cette dernière illustre bien le soin porté aux arrangements. L’intensité du refrain est prise en charge par la batterie, un bon coup. Pas à vendre pourrait avoir l’air d’être une composition de Gros Méné, mais en plus propre; pas étonnant quand on voit que Pierre Fortin et Olivier Langevin y ont apposé leur griffe ( ce dernier manie d’ailleurs sa six cordes sur plusieurs pistes ). La section contrastante de la deuxième moitié de Loin est également un choix artistique judicieux. Les mélodies pourraient toutefois parfois décoller davantage. Avec toi a un fort potentiel musical et poétique, et même si le « parlé rythmé » est souvent une option défendable quand le texte se fait touffu, on peut dans ce cas-ci rester un peu sur notre faim.

Après quelques écoutes, les chansons s’immiscent dans l’oreille et semblent vouloir y rester un moment. Oscillant entre les ballades-réconfort et les instants plus rock, Fabriquer l’aube fabrique des instants de bonheur, qu’on soit conquis d’avance ou non.

3,5/5
Justine Pomerleau-Turcotte