Un classique revampé

La  création de Maxime Robin présentée ces jours-ci à Premier Acte ne passe pas inaperçue.  

En effet, Iphigénie en auto, dont c’était la première mardi dernier, est inspirée de l’Orestie d’Eschyle, et remet sur le tapis une véritable tragédie grecque d’une manière totalement inattendue.

François Dallaire

L’auteur et metteur en scène reprend donc un classique de la littérature en l’abordant d’une façon assez ludique. On peut dire par contre que le pari est loin d’être gagné…

S’il est vrai que la mise en scène s’inscrit dans une lignée très audacieuse, par sa jeunesse et sa transposition dans un relief de nature très « quotidienne », on peut aussi dire que certains passages sont amorphes et traînent le spectateur à travers quelques longueurs. Les longues tirades entre les amants Clytemnestre et Égisthe, entre autres, n’apportent guère de saveur à la représentation. De plus, le spectateur tend quelquefois à décrocher, puisque la tension dramatique est à son comble pendant une bonne heure, ce qui ne laisse pas beaucoup de variations de rythme et d’intensité.

Par contre, certaines décisions du metteur en scène viennent rehausser la qualité du spectacle. Le dispositif scénique dans lequel évoluent les protagonistes est impressionnant.  C’est là toute l’astuce de la mise en scène, qui cherche à impliquer le spectateur dans ce drame mythique. L’espace est restreint et fait en sorte que le public se rapproche de la tragédie qui s’y déroule. Il est celui d’une maison familiale où s’égarent mille et un accessoires, ce qui est très bien rendu par l’éclairage et les objets scéniques. Un coup de chapeau également pour avoir pensé à faire chanter, voire bruiter, l’environnement sonore par les jeunes acteurs qui forment un chœur très « humain ». Ceux-ci offrent d’ailleurs un jeu assez constant et juste, sauf peut-être quelques essoufflements ici et là.

Enfin, la pièce laisse le choix du jugement au public sur ce qu’il perçoit. Celui-ci est amené au cœur d’une histoire lourde, dans un environnement tout à fait possible, et c’est à lui que revient la décision de condamner ou non ce(ux) qu’il voit.

Un drame familial nuancé

Iphigénie en auto est l’adaptation contemporaine de la tragédie grecque Orestie d’Eschyle. Un projet ambitieux qui a ses mérites et ses déceptions.

Raphaël Létourneau

Maxime Robin, à qui l’on doit la mise en scène et le texte, s’est inspiré d’un fait divers québécois afin de renouveler cette tragédie grecque. L’intrigue se déroule au sein d’une famille brisée à la suite du décès de la petite Iphigénie, oubliée dans la voiture par son père. Le drame familial éclate alors que la mère d’Iphigénie refuse de faire son deuil et se déconnecte progressivement de la réalité. Le père quittera le foyer, ce qui amène les deux enfants à se réfugier dans leurs histoires pour traverser l’épreuve.

Iphigénie en auto est une pièce colorée qui impressionne par plusieurs concepts originaux. La trame sonore interprétée a capella par les acteurs illustre tantôt la pluie, tantôt un jazz de Miles Davis ainsi que d’autres scènes captivantes. Une mention de génie va à la représentation, à petite échelle, du fil de la narration sur un tapis de voiture d’enfant.

Malgré ses éléments créatifs, la concision demeure mitigée. La ligne est mince pour que le public soit interpellé par la tragédie. De toute évidence, Maxime Robin a tenté d’inclure l’humour, la joie et le plaisir pour créer un équilibre avec le drame central de la pièce. Le jeu des acteurs est exemplaire, mais certaines erreurs et longueurs ont clairement influencé la qualité du rythme.

Si Iphigénie en auto n’interpelle pas tous les publics, on ne peut nier sa mise en scène tout à fait rafraîchissante.

Quoi ? Iphigénie en auto

Qui ? Texte et mise en scène : Maxime Robin

Où ? Théâtre Premier Acte

Quand ? Jusqu’au 10 mars

Crédit photo : Courtoisie, Gabriel Talbot-Lachance