Alexandra Fiset

Ces mots, sortant de la bouche de gens ordinaires, voire misérables, nous frappent et nous rentrent dedans. Dans un joual poétique, ils nous racontent leurs vies et l’envie qu’ils ont de les fuir. Ils le font avec tant d’honnêteté et de rationalisme que l’on se retrouve plus d’une fois déstabilisé.

Kathleen, c’est le nom d’un bébé qui pleure sans cesse et que la mère décide de quitter et de laisser seule pour un soir, parce qu’elle n’en peut plus et qu’elle a envie de vivre un instant, une vie sans elle. Gaudreault, lui, se fait attendre par un ermite qui en tombe amoureux sur Internet, un toxicomane qui veut lui acheter des consommations et un homme qui le tient coupable pour la mort de son frère par overdose. Ils se retrouvent tous réunis à l’apogée du spectacle ou ils peuvent enfin cracher leur haine qu’ils ont envers lui, et envers eux-mêmes.

Mis à part une transition entre les deux spectacles qui paraît être une éternité en nous faisant perdre le rythme, tout est bien ficelé et on est absorbé du début à la fin. La trame sonore, judicieuse, contribue grandement à nous faire respirer et à nous mettre en contexte dans cette mise en scène simple.

Effectivement, dans les deux spectacles, pour prioriser le texte, la mise en scène est minimaliste. Il y a très peu d'accessoires et chacun des rares mouvements est très significatif. Ce qui pourrait sembler monotone ne l’est heureusement pas du tout puisque les comédiens ont trouvé la façon juste de pousser leurs mots pour qu’ils deviennent l’élément essentiel du spectacle. Ils adoptent un jeu peu commun, pratiquement robotique, mais qui contient une pointe d’honnêteté touchante. Ils nous bousculent, nous font rire parfois, mais surtout, savent nous émouvoir.

Poignantes et vraies, empreintes de témoignages écrits avec justesse et jouées de manière franche : c’est ce qu’on retient des pièces présentées au théâtre Premier Acte.

François Dallaire

Si les dispositifs scéniques sont quasi inexistants, c’est probablement parce que le jeu des comédiens est à ce point mordant que le collectif, mené par Sébastien David, a probablement décidé d’épurer une scène qui laisse place au texte poignant du metteur en scène. Celui-ci, également acteur, propose un univers réaliste qui se déroule dans les années 1990 et qui est encore très actuel. Ses acolytes Frédéric Côté et Marie-Hélène Gosselin tirent également très bien leur épingle du jeu en y allant de solides prestations, surtout dans le cas de la jeune femme qui incarne une mère monoparentale désabusée de sa condition, déchirée entre son destin de mère et son désir de femme, dans la première pièce Ta yeule Kathleen. Sans hésitation, le personnage crie son désespoir et sa solitude dans un monologue époustouflant dans lequel s’imbriquent des répliques tantôt drôles, tantôt touchantes, mais toutes authentiques et criantes de vérité.

Si l’on peut apprécier la qualité d’interprétation des acteurs, on peut tout aussi bien apprécier la scénographie qui les entoure. Le décor sonore est bien rendu et l’univers est ponctué d’un éclairage tout à fait approprié. La scène est habitée par trois chaises et un berceau, et c’est tout ce que ça prend pour offrir une performance soutenue.

Le spectateur se laisse donc porter par les monologues qui se confondent en une histoire bien ficelée. Les mots qu’expient les protagonistes sont poignants et crachés avec une vigueur qui caractérise bien la détresse psychologique de ceux-ci, un peu comme s’ils vomissaient leur douleur. Une représentation théâtrale à ne pas manquer.

Quoi ? En attendant Gaudreault précédé de Ta yeule Kathleen

Qui ? Texte et mise en scène : Sébastien David

Où ? Théâtre Premier Acte

Quand ? Jusqu’au 11 février

Crédit photo : Courtoisie, Garbriel Talbot-Lachance