Dès les premières secondes de Serpent et échelles, le riff pianistique typé, les congas énergiques et les cuivres nous annoncent que le troisième album du franco-ontarien aura un goût de piña colada. L’artiste endosse fièrement cet héritage latin qui colore son album du début à la fin, au risque de flirter avec le kitsch, et il convainc, comme à son habi­tude; ainsi, après quelques écoutes, on peut se surprendre à entonner à tue-tête quelques refrains avec un enthousiasme libérateur. D’ailleurs, l’album, particulièrement dans les trois premières pièces, foisonne de vers d’oreilles potentiels. Il est préférable de ne pas simplement utiliser Omniprésent en guise de discrète trame de fond, a fin d ’en saisir les subtilités, l’humour du personnage tout comme la profondeur cachée sous la légèreté. La pièce-titre témoigne du paradoxe de l’artiste qui est «partout», mais «pas là». Il y cultive son goût pour les comparaisons imagées : «J’ai l’attention tellement fragile/ Comme la glace sur le lac au mois d’avril/ Parlez-moi à vos risques et périls». La mélodie du refrain d’Au pays de la liberté est particulièrement réussie, et les couplets font sentir par leur rythme l’essoufflement du «prisonnier» qui s’évade. Au fil des pistes, on se balade entre la mélancolie amoureuse et l’humour caractéristique de l’artiste: la bossa Quelles sont les chances?, avec ses arrangements de cordes un brin rétro, témoigne des ingrates probabilités de rencontrer l’âme soeur, et côtoie la chaude Ta maman m’amadoue, qui relate quant à elle une méprise cocasse. Damien Robitaille n’a plus à démontrer son potentiel de bête de scène suite au succès de la tournée Homme autonome ; il ne serait pas étonnant qu’Omniprésent ait le même pouvoir d’ensoleiller les salles.

3/5

Justine Pomerleau- Turcotte