C’est sous un ciel résolument brésilien que le Grand Théâtre s’est retrouvé, le 10 avril dernier lors du passage de la compagnie Käfig. Un métissage incroyable, mais surtout incroyablement bien réussi.

Perle Fostokjian

Même s’il devient presque gênant d’utiliser le mot « multidisciplinaire », tant le qualificatif fût employé au profit de fades productions collant banalement les genres les uns à côté des autres, il n’en demeure pas moins que Correria et Agwa forment des exemples brillants de ce que peut être la rencontre des langages artistiques. Avec un dynamisme résistant, les 11 interprètes ont emprunté au cirque sa théâtralité, à la danse contemporaine sa poésie, à la capoeira ses acrobaties et au hip-hop son rythme et son attitude. Un véritable terrain de jeu où les frontières entre disciplines s’évaporent réellement. Ajoutons à cela des transitions frôlant la cinématographie et un choix musical singulier, dosé de manière telle que décrocher relevait, pour le spectateur, d’un tour de force. L’équilibre n’a pas vacillé une seule seconde, du début à la fin.

Le pari initial du fondateur et chorégraphe principal de la compagnie, Mourad Merzouki, est d’ouvrir de nouveaux horizons à la danse hip-hop, de la faire dialoguer avec d’autres styles de danse, de lui créer un futur qui ne se réduise pas à la rue, à l’exclusion et aux revendications sociales. Le résultat est impressionnant, tout imbibé de la liberté et de la richesse de pouvoir faire varier les tons, les intonations. Par une interprétation excellente et sensible aux nuances exigées par les différentes disciplines traversées, la compagnie s’est montrée à la hauteur de ses ambitions. Le pari fût tenu avec, en apparence, la plus grande des facilités. Des applaudissements interminables ont clôt cette soirée enchanteresse.