La polyvalence est une vertu. Elle est d’autant plus impressionnante lorsqu’elle témoigne d’une maturité artistique certaine et assurée. Elle peut aussi être garante d’une musique de qualité lorsqu’elle parvient à éviter les pièges du mélange des genres. Et il semblerait qu’Alex Nevsky l’ait compris. Dans les bacs depuis peu, son premier album De lune à l’aube fait non seulement preuve d’une sensibilité à fleur de peau, mais aussi d’une musicalité bien contrôlée. Il y a tant de choses à dire qu’il est difficile de savoir par où commencer. C’est que l’ensemble est rempli de sonorités diversifiées qui, en s’unissant, créent un mélange homogène et bien assaisonné.

Allons-y d’abord du premier extrait «Notre cœur», fort bien choisi puisque textuellement très représentatif du reste de l’album : une poésie riche, mais accessible, qui émeut ou fait sourire. Mais chaque morceau a sa propre texture, sa propre essence. Il y a de ces moments où la musique s’efface au profit des mots qui, s’enchaînant parfaitement, parlent d’eux-mêmes. C’est le cas de deux pièces particulièrement réussies. «Ta fleur» est la simplicité incarnée. Le texte de «Les hommes disent peu» est quant à lui poignant et déchirant. Il expose la sensibilité de Nevsky dont on se régale avec un plaisir quasi malsain. Mais le contraste avec d’autres chansons peut être déstabilisant puisqu’on alterne constamment entre le rythme et la balade ce qui peut devenir agaçant.

On adore la diversité, mais on aurait peut-être aimé un ordre plus approprié. Car si on apprécie les rythmes endiablés de «Mille raisons» et l’ambiance de «Je ferai ce qu’il faut», la succession des deux est plutôt drastique. La pop de l’album n’est pas étrangère à la réalisation de Yann Perreau. Si elle est plutôt polie, elle est aussi raffinée et charmante. Dans la vague de ces jeunes auteurs-compositeurs-interprètes qui puisent dans la pop anglaise pour en offrir ce qu’il y a de mieux.

Alex Nevsky est vachement impressionnant. Porté par les concours et les bons mots, le grand attendu de l’année ne déçoit pas. Le temps de douze chansons, il ouvre la porte à tout un univers, aussi nouveau qu’exaltant. Il faut le vouloir pour lui trouver des défauts. Cet homme a un don. Point à la ligne.
4.5/5