On achève bien les chevaux est un titre qui vous est peut-être familier. D’abord roman de l’Américain Horace McCoy, porté à l’écran en 1969, c’est néanmoins de la version adaptée par Marie-Josée Bastien dont on se souvient le plus, production ayant fait vibrer les planches de Québec en 2006. Au grand bonheur de tous, la pièce renaît cette fois dans une version «treizienne», mise en scène par Fannie Buteau-Paré.

Au cœur d’un Québec en pleine Grande Dépression, le contrebandier Ludger Drouin organise dans la Capitale un grand marathon de danse, couverture sous lequelle il exporte en douce d’importantes cargaisons d’alcool aux États-Unis. Heure après heure, jour après jour, des dizaines de couples danseront jusqu’à épuisement, s’accrochant à l’espoir de toucher le grand prix de 1500$.

Tous ces participants se dévoilent peu à peu, au fil du marathon, racontant leur histoire, leurs douleurs et leurs espoirs, sous le regard attentif du public qui en fait la connaissance. «J’aimais beaucoup l’aspect collectif de la pièce», affirme la metteure en scène à propos du choix de la pièce. «Je suis tombée en amour avec les personnages et avec cette barbarie qu’ils subissent, que les gens ne peuvent s’empêcher de regarder. En fait, ça ressemble beaucoup à la télé-réalité d’aujourd’hui.» Même si l’action prend place au temps de nos grands-parents, il est vrai que plusieurs enjeux de la pièce sont encore très ancrés dans notre société actuelle, tel que le suicide assisté, thème évoqué par le titre de l’œuvre. «L’intérêt de la pièce est qu’elle aborde des sujets encore tabous aujourd’hui, parce qu’ils s’apparentent à des douleurs très profondes», ajoute Charles Gauthier-Marcil, qui campe le rôle de l’avocat Maurice McKingley.

Nul doute qu’une telle production requiert une quantité de travail colossale lorsqu’on pense que les 13 comédiens qui se partageant la scène, en plus de devoir interpréter plus d’une vingtaine de personnages, doivent également danser. «Personne n’avait fait de danse avant. On partait de zéro. Mais il y avait tellement une belle chimie au sein de la troupe que ça a rendu les choses beaucoup plus faciles», soutient la metteure en scène, qui a donné carte blanche à deux chorégraphes, Élyssa Marcoux-Bissoondath et Antoine Dumont, pour gérer les séquences dansées. Et comment se passe une collaboration entre metteur en scène et chorégraphes? : «Nous étions vraiment des égaux. Les répétitions étaient moitié danse, moitié théâtre. Ça a pris une bonne dose de confiance et j’y ai beaucoup appris.»

Tout ce travail et cette motivation transparaissent sur les planches et font de cette version étudiante d’On achève bien les chevaux une production efficace, restée fidèle au texte de Marie-Josée Bastien. Une intelligente mise en espace et une interactivité continue garde le public en haleine du début jusqu’à la fin. On peut donc dire «mission accomplie» pour cette troisième production de la saison d’hiver des Treize.

Crédit photo : Karim Habbal