De l’Australie nous arrivent la compagnie Back to Back Theatre et la pièce Ganesh Versus the Third Reich, œuvre profonde et intelligente sur le pouvoir et la récupération de symboles. 

Cyril Schreiber 

Une troupe de théâtre, composée majoritairement de personnes souffrant de déficience intellectuelle dirigées par un metteur en scène de plus en plus tyrannique, répète une pièce dans laquelle le dieu Ganesh voyage vers l’Allemagne nazie de 1943 afin de rencontrer Adolf Hitler et récupérer le svastika, son symbole graphique portant chance recyclé en symbole de haine par le Troisième Reich. Parallèlement à ces répétitions, le public de Québec, en assistant à Ganesh Versus the Third Reich, voit aussi quelques scènes de cette pièce dans la pièce, théâtre dans le théâtre.

Signé Bruce Gladwin à la conception, mise en scène et scénographie, mais surtout par les acteurs qui le composent, le spectacle est, depuis sa création en 2011, acclamé partout dans le monde, et le public du Carrefour international de théâtre n’a pas résisté à la vague. C’est qu’il impossible de rester insensible devant ces vrais handicapés mentaux qui n’hésitent pas à transformer leur déficience en force en montant sur une scène de théâtre. Sans verser dans le pathos, et en étant même parfois vaches entre eux, ces acteurs handicapés mentaux sont la force de Ganesh, le cœur vital. Ils font rire et pleurer, mais toujours pour de bonnes raisons, pour leur talent de comédien, une force qui réussit à transcender leur condition et l’éventuelle pitié qu’on pourrait ressentir.

Réflexion sur la fiction et la réalité, sur l’envers du décor au théâtre, Ganesh vaut aussi le détour pour son excellente musique et ses magnifiques décors, projetés ou dessinés sur des rideaux lors de la pièce dans la pièce, offrant ainsi quelques belles scènes visuelles. Il faut cependant s’adapter aux surtitres français, parfois en retard, qui détournent trop souvent l’attention du spectateur.

Portrait cruel du monde du théâtre et du monde des handicapés, fin ouverte à toute interprétation, Ganesh est à classer dans le registre du théâtre humain qui fait du bien à vivre, histoire de ne pas oublier que ce qui fait avancer le spectateur, tout comme l’acteur, ce n’est pas toujours le cerveau, mais aussi le cœur.

Quoi ? Ganesh versus the Third Reich
Qui ? Conception, mise en scène et scénographie : Bruce Gladwin
Où ? Théâtre de la Bordée
Quand ? Vendredi 7 et samedi 8 juin, 20h