Dans le paysage auditif québécois depuis 2001, la voix et les guitares de Dumas ont quelque chose de rassurant. Nos idéaux, dernière production du musicien originaire de Victoriaville, ne déçoit pas, bien qu’on a parfois l’impression que l’artiste ne va pas pleinement au fond des choses, dans ce qu’il présente lui-même comme son disque le plus personnel.

L’introduction de l’album, sorti sous l’étiquette La Tribu, est prometteuse. Rien d’extravagant toutefois, seulement un piano sobre qui nous amène au premier extrait, À l’est d’Eden, lancé l’automne dernier. La pièce débute avec une guitare feutrée, qui rappelle les meilleurs riffs de U2, à laquelle s’ajoute une ligne de basse entrainante et des effets de synthétiseurs. La batterie nous ramène toutefois les deux pieds au Québec, au cœur de l’univers de Dumas, à des milles du géant irlandais de la pop. On voit qu’il s’agit du travail « d’une vie » et non « d’une nuit » qui l’a mené « ici ».

La chanson titre de l’album – Mes idéaux – avec un refrain simple, accrocheur et efficace ainsi que des couplets sortis tout droit des années 80 donne le ton au long-jeu. Par moment plus rock, Dumas navigue surtout à travers les sonorités pop des trente dernières années. Sans trop savoir pourquoi, on se retrouve à avoir envie de bouger.

Vertigo confirme la puissance et la justesse des lignes de basse, enregistrées sur cette piste par le réalisateur montréalais maintenant à New York, Gus van Go (The Stills, Vulgaires Machins, Xavier Caféïne). Cette chanson expose toutefois la limite de l’album. On y croit moins, sans vraiment savoir si cela s’explique par un « trop » ou un « pas assez ». Beaucoup d’effets dans la voix pourtant déjà très versatile de Dumas, et des synthétiseurs qui paraissent saupoudrés à l’étape de la production… très 2003 (à lire en chuchotant)

La pièce Électrique arrive au bon moment. Elle offre un répit avec une production plus minimaliste, qui se prête très bien aux paroles et à l’univers de l’artiste. Soulignons le pont musical dans La chance, qui, tel un vers d’oreille, vous laissera sans doute une bonne impression de l’opus.

Lorsqu’on est certain d’avoir cerné Dumas, 1995 nous fait (re)découvrir un tout autre aspect du musicien. Une guitare sèche et des lignes de voix parfaitement ajustées et harmonisées viennent créer une belle coupure avec la mouture du reste de l’opus. Toute en nuance, la chanson rend bien diverses émotions, ce qui peut parfois sembler manquer aux autres pièces. Elle met aussi les éléments en place pour la fin de l’album.

Le déserteur de Fort Alamo poursuit dans la même veine, avec une intégration beaucoup mieux réussie des effets synthétiques, créant une ambiance emplie de sincérité. On célèbre le retour à une pop plus rythmée pour conclure la galette avec La fin du désert. Couplets entrainants, refrain simple à pousser : on connait la recette.

Aller au bout des choses

En définitive, c’est lorsque la vitesse se réduit et que les synthétiseurs s’effacent un peu pour laisser place à la voix – et par le fait même, aux paroles – que Dumas est à son meilleur. On y croit soudainement beaucoup plus. Ces pièces laissent entrevoir une plus grande synergie entre l’artiste et les différentes personnes à qui il a fait appel une fois en studio. C’est probablement ce qui se perd dans les tubes qui semblent tout droit destinés aux ondes hertziennes.

Après un passage au Théâtre Petit Champlain au début du mois de février, Dumas revient en supplémentaire dans la Vieille-Capitale le 6 avril, toujours à la même salle. Nos idéaux le portera aux quatre coins de la province jusqu’à la fin du mois de mai. Il ne serait pas surprenant qu’il lui permette de traverser l’atlantique, certaines sonorités rappelant la pop feutrée d’un Jean-Louis Murat.