Richard Desjardins a offert un spectacle poétique et troublant au Grand Théâtre de Québec les 30 et 31 mars derniers. Une musique majestueuse, une présence qui interpelle, un moment de sincérité.

Perle Fostokjian

Semble-t-il que la sensibilisation soit un art bien délicat. Certains s’y mettent avec tant de cœur qu’ils écœurent l’auditoire. D’autres s’y risquent si peu que plusieurs les relèguent au royaume du divertissement. Art engagé, indigné ou militant : pourquoi ? Comment ? C’est tout en équilibre que Richard Desjardins et ses cinq musiciens ont secoué le public. Développement durable, pièce issue de son plus récent album L’existoire, ferait danser n’importe quelle foule. Pourvu qu’il n’y ait pas de sièges pour l’en prévenir, bien entendu. Le cas advenant, la tête prend les devants et apprécie sans grande peine toute l’intelligence de la musique et du propos de Desjardins, dans lesquels les formes et les idées ne font qu’un.

L’Action boréale – organisme travaillant à la sauvegarde de la forêt boréale – nous est présentée dans ce qu’elle a de plus essentiel, dans un juste assez et une sensibilité touchante. Le spectacle ne s’en porte pas plus mal, au contraire. Il faut dire, Marjolaine Beauchamp avait assuré une première partie où déjà, poésie et beauté rimaient avec pensée lucide et courage. Un cocktail rare qui redonne espoir par là où il passe. À travers le rappel des valeurs en jeu dans l’exploitation des ressources naturelles et les pointes amères à l’intention de notre premier ministre fédéral actuel, Richard Desjardins se fait à la fois tendre et fort. La prestation musicale est à l’image de son protagoniste, en mélangeant quelques douces sonorités indiennes et latino-américaines aux rythmes soutenus de folk et de rock, pour ne nommer que ceux-là. Bref, une expérience que l’on apprécie en tous points.

Crédit photo : Martin Arnoux