Kliniken raconte une journée dans la vie d’une dizaine de patients atteints de diverses pathologies, résidant ensemble sous le même toit avec un surveillant qui ne se révèle lui-même pas plus sain d’esprit. Le premier des personnages, Martin (Réjean Vallée), un publicitaire dont la vie s’est écroulée lorsqu’il a appris qu’il était séropositif, nous amène à constater à quel point la ligne semble mince entre la folie et ce que l’on croit être, à tort ou à raison, la lucidité. La pièce progresse par le biais de l’univers de chaque personnage. Ceux-ci nous livrent leurs craintes, qui reflètent souvent celles de la société.

Le décor plutôt minimaliste «évoque l’isolement et la petitesse des gens devant le grand mur», qui réduit considérablement l’espace de la scène pour plus d’«intimité», révèle Gilles Champagne, le metteur en scène. «J’ai voulu que les spectateurs se sentent eux aussi à l’intérieur de la salle de séjour de l’institut psychiatrique, qu’ils soient là avec nous. Pas seulement comme spectateurs, mais aussi comme acteurs», spécifie-t-il.

La pièce, écrite par le dramaturge suédois Lars Norén, lui-même interné dans sa jeunesse, aide à comprendre la vision de ceux qui sont catégorisés comme souffrant de problèmes psychiatriques. La dépression, la schizophrénie, la zoophilie, l’anorexie et divers troubles reliés à des traumatismes sont explorés. «En montant Kliniken, on s’est rendu compte que tout le monde connaît quelqu’un, de près ou de loin, qui est atteint d’un symptôme, qui est enfermé ou qui vit dans la société avec ces difficultés», dit Champagne, qui ajoute que cela aide le spectateur à se sentir concerné par la pièce.

Kliniken est un texte empreint d’humour et de réalisme, une mise en scène riche et pleine d’émotions révélant beaucoup d’humanité. La folie est abordée par une distribution qui sait en faire justice et qui réussit à situer le public dans une véritable clinique psychiatrique. La réflexion sur ce qu’est la folie prend place dès les premières minutes de la pièce et atteint son apogée dans la scène finale. Les personnages, si près de la liberté, nous demandent, selon le metteur en scène: «Allez-vous nous aider ou allez-vous nous laisser seuls comme on l’était, enfermés?». Le spectateur est alors en proie à un questionnement qui ne se ramène pas seulement à la pièce, mais aussi à la société. Selon Gilles Champagne, la société est généralement «impuissante et ignorante» sur ce que vivent les gens souffrant de ces troubles et il espère réussir à mettre un bémol sur l’opinion du spectateur.