Baldam l’improbable nous prend et nous charrie ailleurs, là-dessus, aucun doute. Si l’Univers que décrit Carle Coppens ressemble de-ci de-là au nôtre, il faut se faire une raison : une multitude de règles, de détails, d’expressions, de gadgets et autres science-fictionnalités échappent à notre entendement. On n’est plus dans nos pénates. Téléporté là : dans le roman.

Placé entre le Garcia Marquez de Cent ans de solitude et L’âge des ténèbres de Denys Arcand, le lecteur tente de trouver une position confortable. Il adhère, parce qu’il a de la bonne volonté, il accepte les règles, les explications, les détails qu’on lui envoie de chapitre en chapitre pour bien comprendre ce réalisme-magique à la sauce québécoise. La mère du narrateur, Mas Baldam, n’arrête pas de rajeunir, bientôt elle redeviendra une petite fille à force de chirurgies plastiques. Le père de Baldam, quant à lui, est mort deux fois, on vous passe l’anecdote. Il existe, dans cet univers, un Cercle 5000 dans lequel tout le monde veut pénétrer. Pour ce faire, il faut gagner des points : des points en faisant pitié, en parlant longtemps, en existant d’une manière un tant soit peu extravagante. C’est America’s got talent érigé en société. Oui, en effet, ça semble savoureux.

Souvent drôle, satirique, ironique et burlesque, le roman nous permet, de fait, d’adhérer à tout ce système, dans un premier temps. On se dit : que d’inventivité, quel humour, et le style, d’une grâce. Puis, ploc. Dans un deuxième temps, on réalise que ça ne veut plus finir.

Soyons prudent : il ne s’agit pas de dire que le roman est interminable. Simplement, il s’essouffle à trop vouloir se relancer. Des chapitres entiers, au milieu du livre, veulent intégrer de nouveaux gadgets, de nouvelles règles régissant cet univers on ne peut plus bizarre, on se demande ce que cette bride dans le milieu du récit peut bien vouloir faire. Et ultimement, on se demande pourquoi le narrateur nous dit tout ça. On aurait voulu qu’il fasse des choix, ce narrateur. On aurait voulu que la structure s’organise.  Certes, de grands moments d’allégresses ponctuent certains chapitres, n’en doutons pas. Simplement, force est d’avouer, non loin de la fin, qu’on a affaire à un bouquin à deux vitesses, et que si le début semblait une vraie piste d’accélération, le dénouement ressemble à une promenade paisible, comme si la mécanique du roman terminait la course à regret.

Baldam l’improbable propose beaucoup. Trop, parfois. Mais il reste étrangement dans le sillage de sa lecture une impression d’inachèvement. Bien sûr, le lecteur est gentil, il passera par-dessus cela, et se laissera guider par cette voix aux remous cinglants, swiftienne à son apogée.