Avec Fines tranches d’angoisse, un roman graphique aussi magnifique qu’unique, Catherine Lepage explore avec doigté et sensibilité les émotions humaines. Impact Campus s’est entretenu avec l’illustratrice et auteure.

L’objet est aussi fascinant qu’étrangement attirant : un tout petit livre, superbement illustré, qui offre au lecteur ses fines tranches d’angoisse en un peu plus de cinquante pages, quelques dizaines d’images et presque autant de courtes phrases, délicatement ciselées. Mais ce qui surprend avant tout, c’est le thème choisi, cette angoisse traduite en images. Déjà en 2007, crayons à la main, Catherine Lepage avait défriché l’univers peu fréquenté de la dépression avec 12 mois sans intérêt (Éditions 400 coups). Un projet original, profondément personnel, mais qui avait su émouvoir les lecteurs. « Je me suis lancée dans cette aventure naïvement, sans trop  savoir », explique l’auteure. « Je trouvais le filon intéressant, mais je comprenais mal comment ça pouvait intéresser les gens. Puis, j’ai eu des réactions, et j’ai pris conscience que des personnes pouvaient se reconnaître ». Le sujet, après tout, est à la fois intime et universel. L’illustratrice insiste cependant : Fines tranches d’angoisse n’a pas vraiment de visées thérapeutiques. « C’est d’abord un cadeau que je me fais à moi-même », souligne-t-elle. « Mais les images peuvent peut-être aider à apprivoiser, à accepter les choses ».

Comme l’annonce avec justesse le quatrième de couverture, « émincées et mises en images, les émotions sont tellement plus faciles à digérer ». Catherine Lepage sait, avec une grande acuité, saisir les divers états de l’angoisse sur papier. Ses illustrations sont justes, limpides, émouvantes. Et souvent teintées d’humour. « Le livre navigue entre une certaine légèreté et des choses plus dark. Le tout, c’est de doser, de trouver comment désamorcer », expose l’auteure. Les images, variées, sont souvent percutantes de vérité : ici, un tableau périodique des éléments de réponse aligne inlassablement les « si »; là, un homme se lie lui-même à la guillotine; ailleurs, un cerveau se fait labyrinthe. Accompagnant ces dessins, de petites et lumineuses pensées naïvement calligraphiées, qui donnent l’impression d’avoir été écrites à la hâte sur une table de chevet. Mais toujours, « c’est l’image qui vient en premier ». Celle qui s’exprime, c’est toujours l’illustratrice. Et lorsqu’on lui demande comment elle a pu, avec tant de naturel et de vérité, sublimer avec ses dessins tant d’impressions, de pensées tourmentées ou hésitantes, Catherine Lepage répond humblement : « Je creuse dans mes propres angoisses. Je m’assois avec un crayon et un papier. Et je réfléchis ».

Fines tranches d’angoisse est paru aux Éditions Somme Toute.