Choisir une date comme nom de groupe peut sembler étrange. Il s’agit en fait d’une manière détournée de donner le nom du chanteur — Philippe Sauro Cinq-Mars — à la formation. Ce nom nous ramène à Henri Coiffier de Rusé, le marquis de Cinq-Mars.

Hugo Lafleur

Le projet a pris forme avec LP et Sauro (Louis-Pierre Arsenault et Philippe Sauro Cinq-Mars), et avait au départ l’allure de récitations poétiques avec musique d’accompagnement. Sauro, esprit fertile, possédait déjà plusieurs compositions prêtes à être enregistrées, et qui ont donné un premier EP éponyme (2011). S’ajoutèrent ensuite Guillaume Guilbeault-Cayer à l’accordéon et Martin Dubé à la contrebasse. Le style chanson française est alors mis en relief par l’accordéon et l’absence de batterie.

Une des pièces du EP Cinq-MarsLe malheur, s’est vue transformée en vidéoclip. En entrevue, le groupe raconte avec humour qu’une quantité impressionnante de cigarettes ont été fumées pour assurer la continuité des plans. « Le clip était un projet d’école avec des critères spécifiques, et une scène commencée avec une cigarette devait être filmée à chaque fois avec une cigarette. »

Enfin, avec l’arrivée du batteur, « TimTom », leur son prend une tangente plus rock, bien représentée sur leur deuxième EP plus abouti, Iconoclaste (2012).

À travers tout ça,  le groupe avait composé une quantité de pièces impressionnante. C’est pourquoi leur prochain album, Évohé, courage mon fils!, comporte quinze pièces, la majorité étant inédites.

Le projet Évohé, courage mon fils! a d’abord vu le jour dans le cadre d’un cours d’enregistrement au Campus Notre-Dame-de-Foy. Le groupe enregistre quelques pièces qui forment Session Goliarde (2013), troisième EP disponible gratuitement sur leur page Bandcamp. L’inspiration pour cette séance vient de moines contestataires du Moyen Âge, dont la pensée était presque moderne. Sauro a emprunté leurs textes pour la pièce Poème Goliardique, excepté la section centrale, qu’il a écrite lui-même. La pièce a elle aussi été mise en vidéoclip, et comporte plusieurs images des voyages de Sauro au Pérou et en Bolivie.

Sauro, qui signe les textes, trouvait un écho intéressant dans les poèmes goliards, dans sa désillusion face au monde moderne. Quand on lui parle de l’aspect engagé de sa musique, il nuance un peu. « L’album Iconoclaste était plus engagé; on peut penser à Enseigne-moi, qui fait référence au printemps érable. Maintenant, la vision et l’attitude sont engagées, mais le propos est plutôt analytique et poétique, avec une touche d’ironie. »

Une deuxième séance d’enregistrement servira à intégrer de nouvelles pièces à Session Goliarde : ce sont les pièces des deux sessions qui constitueront l’album qui sera lancé à la fin du mois. On peut s’attendre à un son entre celui des débuts, plus acoustique, et celui d’Iconoclaste, plus rock.

L’interjection « évohé » dans le titre de leur album est une référence voulue à Dionysos, dieu des plaisirs éphémères dont l’esprit habite le groupe, guide leur création et influence leur performance. La formation tente de garder un maximum de cette liberté dionysiaque et de cette improvisation débridée dans toutes les étapes de son art, que ce soit dans l’enregistrement, les performances ou les répétitions. À ce sujet, la majorité de ses compositions est le résultat d’échanges d’idées amenées à maturité lors des jams sans fin du dimanche après-midi.

Le groupe vise de plus en plus l’autoproduction pour garder une trace de toutes leurs pièces, qui sont parfois des jams éphémères, perdus à la fin de la pratique.

Quoi? Lancement de Évohé, courage mon fils!
Qui?
Cinq-Mars
Quand?
30 mai
Où?
Agitée