Vendredi dernier au Cercle, des vidéo jockeys alimentaient les projecteurs, perchés dans une alcôve au-dessus de l’une des entrées. Un DJ faisait tourner ses tables non loin de là, pendant que les convives mangeaient de la bouffe distinguée, un verre à la main.  

«Business as usual», pourrait-on dire de cette soirée. Pourtant, tout ce beau monde s’était donné rendez-vous pour souffler les trois chandelles de l’établissement.

En trois ans, Le Cercle est devenu un incontournable à Québec et l’un des fers de lance de la renaissance culturelle du quartier Saint-Roch. Son nom est maintenant synonyme de musique émergente, d’arts visuels, de multimédia et de culture dans une plus large mesure. L’émission Tout le monde s’en fout y a déménagé ses pénates cet automne pour l’enregistrement de sa deuxième saison, le festival Antenne-A y a mis pignon sur rue, à l’instar de plusieurs spectacles du Festival folk et du Festival de jazz de Québec.

Sa programmation s’est aussi construite une solide réputation. Les médias généralistes en font de plus en plus mention, il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre des chroniqueurs de Radio-Canada en parler. Comme l’explique le directeur de la programmation du Cercle, Jean-Claude Anto, les événements à l’affiche ne son pas organisés dans le vide, sans but. «Après trois ans, on continue de défricher. On continue d’essayer d’assurer qu’il y a une vie culturelle intéressante à Québec», soutient-il.   

Cette offre culturelle est toujours au cœur de la philosophie du propriétaire, Frédéric Poitras. Selon lui, cette vision des affaires rend hommage aux derniers occupants des lieux, la Galerie Rouge. «Cette galerie nous avait montré qu’il y avait un potentiel énorme et une clientèle effervescente pour tout ce qui sort des cadres. Par contre, après sept ans, les gens qui tenaient  la Galerie Rouge ont arrêté d’investir en elle et l’ont laissé s’essouffler. Nous, par respect pour l’effervescence palpable, on a décidé de reprendre le flambeau. C’est vraiment l’ancien commerce qui était en ce lieu qui nous a montré la voie», explique-t-il.

S’il avoue penser davantage aux chiffres que lors des débuts, il continue de croire que la culture et les affaires peuvent faire bon ménage. Sans oublier les impératifs financiers qui sont inévitables pour toutes les entreprises, dans son esprit, le respect des artistes prime. «On reconnaît la beauté, le produit, avant la popularité. Souvent, ça surprend les artistes de se faire reconnaître de cette manière avant d’être populaires», affirme-t-il. Il rappelle qu’au Cercle, le respect des artistes passe aussi par la nourriture qu’on leur offre habituellement avant les spectacles. Comme Julie Doiron et des membres de Radom Recipe l’ont fait cet automne, il n’est pas rare d’entendre des musiciens remercier l’équipe du Cercle pour le repas mangé avant de fouler les planches.

Un rayon qui pourrait bien s’agrandir
Officiellement ouvert en novembre 2007 sur la rue Saint-Joseph, Le Cercle accueillait initialement mélomanes et gourmands dans le même local. Ce fut le cas jusqu’en février dernier, lorsque le restaurant est allé voir si l’herbe était plus verte chez le voisin, en déménageant juste à côté. Selon le propriétaire, Frédéric Poitras, cette expansion était nécessaire. «J’avais deux concepts en un lieu: la restauration et le spectacle. La salle de spectacle était en train d’en prendre pour son rhume. Si on n’avait pas agrandi, ça n’aurait pas pu continuer comme ça.»

Le Cercle a maintenant atteint sa pleine maturité, du moins pour l’instant. À moins que les commerces voisins ne décident de mettre la clé dans la porte, l’expansion n’ira pas plus loin. Frédéric Poitras n’est pas à court de projets pour autant. Il pense effectivement démarrer des entreprises semblables au Cercle ailleurs au Québec, et s’allier à d'autres, déjà établies, pour créer un réseau provincial. Il envisage l’organisation de tournées par des artistes de tous acabits. «On diminuerait les coûts de programmation, de communication et de promotion. Si l’artiste fait plus qu’une date, on peut séparer les coûts de représentation de ces artistes, d’où la force de se mettre en réseau», croit-il.