Trois ans après sa dernière exposition solo, l’artiste de Québec Phelipe Soldevila occupait, du 23 au 25 mars dernier, une petite salle toute blanche perchée à mi-chemin de la côte d’Abraham. Connu pour ses murales plus grandes que nature, aux couleurs vives et aux formes franches, le peintre s’éloigne un peu de ses influences « street art » pour présenter une exposition plus conventionnelle, si on peut se permettre le terme.

La présentation, pour cette exposition in muro, reste très « nouveau genre ». Sans cadre, sur murs blancs, les œuvres éclatantes du cofondateur du collectif Canadian Bacon résonnent dans la petite pièce du 731.B Côte d’Abraham.

Apparemment peintes en route, ou du moins inspirées du volant, les peintures expirent l’influence du voyage. On ne peut ignorer les couleurs, rappelant autant les tropiques que les glaciers, mais résolument extérieures, des tableaux. On sent aussi, dans certaines des lignes, des horizons, des routes, des doigts pointés vers le « plus loin », vers l’ailleurs. Pourtant, toute cette découverte se passe dans le fond d’une charmante allée en pleine hésitation entre Haute et Basse-Ville.

Une quarantaine d’oeuvres

La trame sonore, courtoisie de Unïdsounds et Funk Connection, enveloppe la petite pièce d’une ambiance dub feutrée, parfois trip hop ou downtempo, qui donne un calme paisible aux éclats vifs ornant les murs. Il faut applaudir le travail des DJs locaux qui, depuis un bon moment déjà, tiennent le fort des meilleures soirées tamisées de la ville avec une sélection uniquement vinyle qui sait plaire autant aux néophytes qu’aux initiés.

La musique et l’ambiance, bien qu’agréables, laissent toutefois assez rapidement place à la quarantaine d’œuvres exposées par Phelipe Soldevila. On retient comme coups de cœur Ciao, bye, bonhomme et Au revoir, bonhomme, duo de lumineuses apparitions se faisant face, représentant abstraitement autant un fjord des plus colorés que la discrète forme d’une voiture grisâtre sur une route isolée.

Un autre point fort de l’exposition vient avec la grandiose Les belles Rocheuses de Robert Neilson, qui vient entrecouper un paysage montagneux presque figuratif de bleus profonds et de grands tracés francs d’un rouge vin particulièrement bien choisi. Les explorations anthropomorphiques de Les jumelles I sont aussi remarquablement bien exécutées et remarquablement sensuelles dans leur abstraction.

L’huile suit souvent une trace géométrique rappelant les tenants du Hard Edge californien. Particulièrement sur N138. Il n’y a presque que la surprenante R.I.P. les grands bouleversements qui s’abstraie à l’opacité pesante des traits de l’artiste, laissant respirer un ciel et une mer bouleversés, en opposition avec le pessimisme tranquille du titre.

D’un même élan créatif

Les variations sur le format aident l’exposition à respirer et à s’affranchir. Sans cela, le contenu des toiles pourrait être rapidement assimilé comme étant légèrement du pareil au même. Les explorations semblent souvent provenir du même élan créatif, de la même idée, mais la variation de forme, de taille et de couleur garde la vue d’un nouveau tableau relativement intéressante, sans toutefois être une nouvelle expérience à chaque regard.

La série de petites toiles présentées près du bar, très agréable d’ailleurs, aurait pu être disposée à une hauteur plus accessible, les yeux myopes peinant à distinguer les détails de celles placées plus haut. Il va sans dire que cette critique n’est qu’une légère faille facilement oubliée à la sortie d’une exposition très réussie pour l’artiste de Québec. Le gris de l’allée dans laquelle se cache la galerie semble plus sombre encore après l’explosion de lumière se cachant si bien à l’intérieur.