Trois jeunes femmes célibataires qui partagent un chalet éloigné sont à l’affût d’un psychopathe (Martin Plouffe) qui les épie et lit leur courrier. «C’est un personnage très noir, mais il faut trouver la motivation à sa vie et à ses actes pour qu’il prenne vie», témoigne Marin Plouffe, qui a fortement étudié le personnage. Le tortionnaire arrive à faire une entrée forcée et tente d’abuser de l’une d’elles: Stéphanie (Isabel Rancier). Lorsqu’elle est à un cheveu de se faire violer, elle arrive de justesse à le ligoter au foyer du chalet.

Les yeux bandés, immobilisé, le tortionnaire délire et crie les insultes les plus dégradantes. Persuadé qu’un jury ne croira pas à une tentative de viol, il menace de revenir la tuer si elle appelle la police. Stéphanie, perturbée, le bat et menace de l’enterrer vivant. Les rôles s’échangent: elle devient la tortionnaire. «À la fin, on ne sait plus qui est le bourreau, c’est ça qui donne beaucoup de richesse au script», dit l’actrice Isabel Rancier.

Les deux autres colocataires (Marie-Claude Guérin et Stéphanie Dawson) reviennent et sont sous le choc. Elles veulent à tout prix que Stéphanie prenne le temps d’analyser la situation et renonce à tuer son agresseur. Elle se retourne aussitôt contre ses amies en les accusant de ne pas la croire. Le tortionnaire, qui a lu leur courrier, dévoile à grande voix l’aventure que Stéphanie a eue avec le copain d’une de ses colocataires. Des conflits s’en suivent, mais après avoir trouvé un couteau dans la poche du psychopathe, les colocataires de Stéphanie finissent par la croire et décident ensemble de contacter la police.

Le jeu des acteurs est très convaincant. Les délires du personnage de Martin Plouffe étaient particulièrement terrifiants. Les personnages ont réellement le caractère sauvage souhaité par le metteur en scène Bernard Lavoie. Cependant, le chantage du tortionnaire aurait pu mener à des conflits plus bouillants entre les trois femmes. La fin de la pièce n’était en fait pas aussi bouleversante que le début.

Une production du Foyer
Extrémités est basé sur la pièce de l’Américain William Mastrosimone. L’ambition de présenter cette œuvre aux gens de Québec est née alors que Bernard Lavoie donnait un atelier en 2006 au théâtre l’Opsis de Montréal. Plusieurs scènes d’Extrémités servaient d’outils d’exploration. C’est alors qu’Isabel Rancier a manifesté son désir de continuer à travailler sur cette pièce. «Le jeu très direct m’a beaucoup attiré. Il fait réflexion sur notre propre justice», dit-elle. Avec Martin Plouffe, elle a mis en place un collectif pour concevoir cette pièce: le Théâtre Le Foyer.

Par ailleurs, une autre production pourrait émerger du Théâtre Le Foyer. «On va regarder d’autres scripts du même style», confie Isabel Rancier. «Si le temps est propice, on va monter une autre pièce. Sinon, le Théâtre Le Foyer vivra seulement pour le foyer d’Extrémités», conclut-elle.