Entre la ligne du fusain et le fil à broder, entre le pointillé du patron de couture et la figuration discrète d’un morceau de vêtement, Andréanne Jacques et Nathalie Vanderveken parviennent à extraire du matériau brut, une émotivité saisissante. Portrait d’une exposition présentée jusqu’au 12 octobre à la Galerie des arts visuels.

Marie Michèle Boulianne

Artistes issues de la gravure, Nathalie Vanderveken et Andréanne Jacques ont toutes deux délaissé leur technique habituelle pour en explorer d’autres dans le cadre de leur maîtrise en arts visuels. Tout de même, certaines idées directrices de leurs travaux respectifs subsistent, tel l’exercice de la répétition de formes chez Jacques ou encore l’exploration des possibilités formelles du corps chez Vanderveken.

Chez Andréanne Jacques, la répétition systématique d’un motif, trahissant un travail minutieux et une patience manifeste, sert à l’éloge d’un processus qui demeure omniprésent dans chaque création. Parfois dessinées sur papier, parfois brodées sur une toile, ses œuvres arborent toutes ces motifs répétés comme autant de secondes passées à reproduire un même mouvement. Comme l’artiste l’affirme, « le temps y devient un matériau ». Comme un mandala, les dessins et les broderies de l’artiste sont les témoignages de séances de fabrication bénéfiques à l’artiste, le produit fini n’étant qu’accessoire au processus contemplatif. Au même titre que le fil à broder, le temps façonne l’œuvre et figure, en quelque sorte, dans sa version finale. Les pièces demeurent incomplètes, s’arrêtant sans le moindre dénouement, comme elles ont commencé. Fort plaisantes à regarder, les créations témoignent d’une sérénité que l’artiste parvient habilement à partager au spectateur.

Pour sa part, Nathalie Vanderveken choisit de disséquer le patron de couture. En parcourant l’exposition, on se rend rapidement compte que cet objet anodin revêt un aspect nouveau sous l’œil de l’artiste. Quelques assemblages fixés aux murs sont composés de morceaux de patrons déconstruits. Certains recèlent des fragments de vêtements en papier dont la nature semble osciller entre l’ébauche et le vestige, entre le banal et le grotesque. Les assemblages arrivent à émouvoir par leur fragilité et leur raffinement. Vanderveken nous invite également à voir la ligne et la flèche du patron comme un véritable langage auquel elle donne des directions singulières. Un cahier déposé sur une table dans la salle d’exposition, par des dessins géométriques, attribue à ces symboles une polysémie telle qu’on en oublie presque l’origine.

Qui ? Nathalie Vanderveken et Andréanne Jacques

Où ? À la Galerie des arts visuels (Édifice La Fabrique, 295, boulevard Charest Est, bureau 090)

Quand ? Du 11 septembre au 12 octobre 2014