«Certains ne croiraient pas le nombre d’œuvres qu’il a laissées aux gens», lance la veuve de Jordi Bonet, Hugette Bouchard-Bonet. Catalan dans l’âme, celui-ci s’est mis à la peinture et à la sculpture très jeune malgré l’amputation de son bras. En 1954, il immigre au Québec et concentre son art sur le travail du ciment et du métal. «Il a réalisé de sa seule main gauche un trésor extraordinaire», ajoute sa veuve. La trentaine d’œuvres exposées à l’Espace Parenthèse du Cégep de Sainte-Foy parlent toutefois d’elles-mêmes: dessins finement tracés, portraits religieux d’une élégante sobriété, plaques de bronze et d’aluminium d’un relief pittoresque et saisissant. L’influence religieuse et catalane est au cœur de sa vision artistique.

Sur des murs
Plus de 30 ans après sa mort, il fait encore parler de lui. Les fresques et les murales qu’il a réalisées pour des clients du monde entier y sont certainement pour quelque chose. Durant les années 1960, il a conçu la verrière de la chapelle Our Lady of the Sky de l’Aéroport John F. Kennedy à New York. Plus près de chez nous, il a fabriqué en 1962 «L’homme devant la science», mosaïque qui se trouve sur la façade de l’amphithéâtre du pavillon Adrien-Pouliot, sur le campus de l’Université Laval. Plusieurs études de la mosaïque ont d’abord été réalisées avant sa conception en Belgique. L’une d’elles est d’ailleurs exposée à l’Espace Parenthèse.

Le Cégep de Sainte-Foy explique son parrainage de l’exposition de Bonet par la présence en ses murs du «Chemin de croix», une fresque de céramique qui ceinture la salle de spectacle La Margelle. «Le Cégep en a hérité de l’ancienne administration de l’Académie de Québec», affirme le responsable de l’Espace Parenthèse, Nicolas Desbiens, qui désirait réaliser une exposition dédiée à Jordi Bonet depuis longtemps.

Des thèmes variés
Parmi les œuvres exposées à l’Espace Parenthèse, la plupart proviennent de collections privées. C’est le cas de «Floral», un dessin d’encre sur papier. Humaniste dans l’âme, Jordi Bonet a réalisé de nombreuses représentations humaines. Une massive plaque de bronze, empruntée au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, sert de table. À l’intérieur est sculptée une femme nue couchée dans l’herbe. Il y a également «Toi», une sérigraphie d’un bleu royal représentant le visage d’une personne.

L’art de Jordi Bonet a suscité la controverse en 1969 lors du dévoilement de l’immense murale du Grand Théâtre de Québec qu’il a travaillé à même le ciment. Le poète Claude Péloquin y avait ajouté les mots «Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C'est assez!». Il s’en est suivi un débat public sur la liberté artistique. Cet épisode de Bonet est néanmoins reconnu pour être «une des premières dans l'histoire de l'art contemporain quant à l’intégration des arts plastiques dans l'architecture», selon Victor Prus, l’architecte du Théâtre.