C’est dans l’ambiance chaleureuse du Studio P, quartier Saint-Roch, qu’un petit public, surtout composé d’amis et de proches, a pu assister au fruit de quatre mois de mentorat dont les auteurs ont bénéficié. Le programme permet à de jeunes créateurs de la ville de Québec d’être parrainés par des artistes chevronnés tels  que Jean Désy, Anne Peyrouse et Michel Pleau qui se sont prêtés à l’exercice. Le projet, en plus de permettre la présentation de leur création littéraire, donne la chance aux auteurs «d’avoir des rudiments de la lecture publique qui fait partie intégrante de leur métier», comme l’a mentionné Christianne Vadnais, organisatrice de l’événement.

C’est d’ailleurs sur un ton monotone que Mathieu Simoneau a débuté la soirée, ne sachant faire vivre avec sa voix l’univers poétique de sa plume. Avec un timbre beaucoup plus intime et vrai, Maude Poissant a offert une nouvelle poignante par laquelle elle voulait explorer «ce qui nous échappe chez l’autre parce que ça part de quelque chose de beaucoup plus profond».

On a ensuite quitté l’univers réaliste pour entrer dans l’histoire de Jean-Sébastien Lemieux, où son protagoniste voyait son élevage de rongeurs prendre des proportions inattendues. Le nouvelliste, sans chercher à passer un message particulier, était bien conscient de la métaphore de notre société contemporaine marchande que représentait son texte.

La scène s’est libérée pour faire place à un écran où l’oeuvre de Finlarmoiement nous présentait une forme de querelle des bouffons modernes. Ce collectif d’artistes  virtuels répondait en fait à une critique qu’il a reçue sur son site Internet. C’est donc avec un intérêt mitigé que l’on recevait cette réponse filmée teintée d’ironie et de sarcasme.

Par la suite, le public aurait eu besoin d’un résumé ou d’une mise en contexte pour bien saisir le sixième chapitre du roman de fantaisie de Dominic Tardif. Sa voix posée n’a pas suffi à nous embarquer dans ce récit de prisonniers, de royauté et de feu sacré.

La soirée s’est poursuivie avec la micro-nouvelle de Marrie-E Bathory, abordant un sujet fort exploité ces dernières années, soit celui du quotidien redondant et abrutissant.  Avec son sens théâtral, la jeune auteure a su rendre attachant son bedonnant téléphoniste blasé.

Naomie Fontaine, étudiante en enseignement du français au secondaire, a eu la chance d’être publiée au terme de ces quatre mois de mentorat avec Jean Désy. C’est donc reliure neuve à la main que la jeune Innue présentait avec une authenticité désarmante un extrait de Kuessipan (signifiant [à toi]), son recueil de portraits de gens qu’elle a connus sur la réserve d’Uashat.

La soirée s’est terminée avec la conteuse Yolaine qui cherchait à expliquer le confinement au foyer des femmes suite à l’apparition de leur pilosité causée par un plan d’eau magique. Sa gestuelle et son charisme ont clôturé cette troisième édition d’Avant-premières avec gaieté et humour.