Peut-on évoquer la musique de Sébastien Tellier en faisant fi du personnage public extravagant qu’il est, génie pour les uns, bouffon pour les autres? Difficile, d’autant plus qu’avec ce nouvel album My god is blue, le chanteur français a prolongé dans sa promotion médiatique son nouveau personnage, celui d’un nouveau Dieu des temps modernes prêchant l’amour (bah tiens). On aurait cependant tort de croire que le représentant de la France à l’Eurovision 2008 développe dans ses douze nouvelles chansons une quelconque réflexion sur l’aspect sectaire des religions aujourd’hui, bien souvent dans un anglais dont on doute de la pertinence.

À l’instar du premier single Cochon ville, aux rythmes entraînants mais aux textes plus que discutables, il faut donc aller chercher du côté de la musique pour trouver un peu de substance. Tellier fait une pop aérienne électronique qui s’écoute bien, malgré l’avalanche de synthétiseurs et de solos de guitare, mais n’est jamais autant intéressante que lorsque l’électronique se mêle à de vrais instruments, comme le piano. Ainsi, à côté de titres plus grandiloquents faisant appel à des cordes et des cuivres, des ballades plus intimistes telles Mayday, aux guitares acoustiques apaisantes et au bugle surprenant, font de My god is blue un album pas seulement réservé aux initiés (aux fidèles?) de Sébastien Tellier.

Si on a forcément des a priori sur ce dernier, il faut cependant lui donner une chance, et ne pas s’arrêter à son image médiatique. On aurait tort de se buter à la forme et de ne pas explorer le fond, aussi imparfait soit-il. Pour ceux qui voudraient planer sur de la musique pas trop indigeste, et pas seulement en boîte de nuit, My god is blue, dont la sortie (tardive) au Canada est prévue le 29 janvier au Canada, est tout recommandé. « C’est quoi cette histoire de coiffeur, c’est n’importe quoi. – Oui, mais c’est beau! » peut-on entendre dans Against the law : on ne saurait mieux dire.

3/5

Cyril Schreiber