Encore une soirée 100 % francophone au Festival d’été de Québec (qu’on ne pourra pas accuser de ne pas faire preuve de diversité), cette fois au Parc de la Francophonie, qu’on nomme aussi Le Pigeonnier.

Cyril Schreiber

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C’est la franco-québécoise Gaële, originaire des Alpes mais qui vit au Québec depuis 13 ans déjà, qui s’est chargée d’ouvrir la soirée à 19h, l’heure un peu ingrate puisqu’il fait encore jour et que le public n’est bien souvent pas encore au rendez-vous. Ce qui ne fut pas le cas ici, même si la plupart des festivaliers sont restés sagement assis à l’arrière du site, ce qui n’a cependant pas refroidi la jeune chanteuse. Vêtue d’une robe zébrée et solidement installée derrière son piano, Gaële a majoritairement chanté les chansons de son troisième et dernier album en date, Télescope, sorti en février dernier. Elle ne s’en est pas trop mal sortie, malgré la foule plutôt timide, et ce notamment grâce à ses chansons à texte (ce qui ne veut pas dire délaissement de l’efficacité des mélodies) souvent énergiques et à ses trois garçons musiciens, dont le toujours excellent André Papanicolaou. L’abondante fumée sur scène présente sur deux titres était cependant de trop. Espérons qu’elle aura gagné en visibilité avec cette prestation d’une cinquantaine de minutes.

Tout aussi jeune, sans doute même encore plus, Ingrid St-Pierre l’a succédé sur la scène Loto-Québec avec un beau spectacle pour sa première fois au Festival d’été de Québec, dans lequel elle a mélangé ses deux albums, Ma petite mam’zelle de chemin et L’escapade. Un spectacle délicat pour un répertoire délicat, aux musiques douces et aux paroles parlant surtout de belles histoires d’amour, paroles qui nous touchent, qui nous parlent. Solidement entourée de deux musiciens et d’un quatuor à cordes féminin qui donnait aussi dans l’harmonie vocale, Ingrid St-Pierre n’a pas déçu ses fans, qui formaient une foule déjà nombreuse et surtout plus bruyante que pour la « première première partie ». Relativement peu dérangée par l’Electro FEQ des Plaines, heureusement, St-Pierre s’est dite ravie de partager la scène avec Gaële et Richard Desjardins, l’une de ses idoles qu’elle écoute depuis l’âge de 3 ans et demi ! Elle a d’ailleurs chanté Desjardins au début de son tour de chant. S’il fallait vraiment trouver un défaut à ce spectacle, c’est qu’il y ait été en extérieur, tout charmant qu’il fût : la musique d’Ingrid St-Pierre s’apprécie sans doute encore mieux en salle. Il faudra donc surveiller son prochain passage à Québec

Dire que Richard Desjardins était attendu est un pléonasme : le site du Pigeonnier était plein à craquer, et les rues environnantes aussi, pour un premier passage au FEQ depuis 2005, année où il avait remporté le Miroir du spectacle le plus populaire. Ce nouveau spectacle était d’autant plus historique que Desjardins a récemment annoncé ne plus vouloir faire autant de scène comme avant – finis les longues tournées et sans doute les passages extérieurs comme celui-là.

Avec toujours le spectre (sonore) de l’Electro FEQ en arrière-fond, Desjardins et ses cinq excellents multi-instrumentistes (dont Claude Fradette et Mélanie Auclair) ont livré la marchandise en allant pigeant dans un vaste répertoire aux textes toujours impeccables et aux mélodies ici riches dans leurs réarrangements scéniques (flûte, violon, saxophone, etc.). Les chansons de L’existoire, mais aussi les plus grands succès, étaient au rendez-vous – pas tous, mais bon nombre d’entre eux quand même. Richard Desjardins avait un rapport spécial avec ce site du Parc de la Francophonie puisqu’il y a joué 23 ans plus tôt, alors qu’il était un parfait inconnu. Les choses ont bien changé depuis, puisqu’il est (déjà) devenu un artiste culte, et ce spectacle, qui a alterné entre engagement et émotion tout comme Desjardins a alterné entre piano et guitare, n’a fait que le confirmer.