C’est dans l’intimité de la salle de théâtre du Premier Acte que les premiers mots de la pièce Jusqu’à la lie s’insinuent en nous. D’apparence banale, ils n’annoncent en rien la violence des émotions qui s’apprêtent à exploser sur scène. Elle, c’est Marie. Jeune propriétaire d’un bar dans la fin vingtaine, elle est seule, enceinte, têtue à la limite de l’intolérable. Elle clame n’avoir besoin de rien et pourtant, elle manque de tout. Lui, c’est Gérard, un camionneur d’âge mûr qui a tout perdu, et qui revient dans un but bien précis. Entre eux, le choc, les aveux, la sollicitude, la rage. Ce qu’on remarque surtout, c’est un incessant mouvement : il veut, elle ne veut pas. Elle le repousse, elle le retient. Il s’en veut… elle lui en veut aussi.

Courtoisie - François Angers

À travers un jeu fluide accentuant un texte catégorique, c’est notre conscience qui chuchote à travers les hauts cris qui résonnent tout au long de la pièce. Par malheur, l’intransigeance de Marie laisse bien peu de place à la détresse que Gérard tente d’exprimer. Ce que nous offre Amélie Bergeron, c’est une lutte entre deux personnages rongés par des vides, sans toutefois que l’on puisse déterminer lequel des deux est le plus meurtri.

Au moyen des phrases qui cinglent parfois un peu trop fort, c’est essentiellement jusqu’à la limite que veut pousser la pièce. Celle du pénible, celle du dicible; celle de Marie, et la nôtre aussi. Et en quittant, une fois toutes les lumières soufflées, on se demande encore si on l’a atteint.

Quoi ? Jusqu’à la lie 

Qui ? Texte et mise en scène : Amélie Bergeron

Où ? Théâtre du Premier Acte

Quand ? 25 septembre au 13 octobre 2012

Stéphanie Leclerc-Audet