Depuis quelques années, le monde du hip-hop québécois est foisonnant. Riche en talents et en découvertes alléchantes, il est aussi parfois difficile de s’y retrouver. Le bon peut aisément se perdre dans le mauvais, et à défaut de persévérance, on passe à côté de petits bijoux. Emmanuel Dubois, alias Koriass, est l’un de ces diamants bruts. Avec la sortie de Petites victoires, son deuxième album, le rappeur de Sainte-Thérèse continue de développer les bases d’une solide carrière.

Cette carrière, il en expose les revers sur «La mort de Manu (garde ta job)», crachant la difficulté des artistes à vivre de leur musique malgré le succès. Parmi les plus sérieux du lot, criant de vérité. D’autres relèvent davantage de l’autodérision. En ouverture, «Petites défaites» relate les habitudes cocasses qui donnent au quotidien un caractère éternellement humoristique. «Enfant de l’asphalte» réaffirme l’éternel dilemme du choix de vie auquel tous ont été confrontés. On adore «L’hiver» où la collaboration avec Karim Ouellet ajoute à l’album une coloration pop qui coule comme du bon vin. Si le message d’«Homme moderne» est semblable, on cherche quelque peu la pertinence de la collaboration avec Dramatik et on regrette la construction plus prévisible du morceau. Le rythme de Petites victoires s’en voit malheureusement un peu cassé.

Koriass, doté d’un sens admirable du rythme, de la rime et de la fluidité, en fait joliment étalage sur Petites victoires, une des bonnes sorties hip-hop de l’année qui plaira tant aux initiés qu’aux néophytes.

Emilie Rochette

Le deuxième album de Koriass nous propose autre chose que ce qui a déjà été entendu au Québec. Le rappeur a osé explorer différents styles musicaux sans toutefois perdre son influence hip-hop. La balade ‘’L’hiver’’, en collaboration avec Karim Ouellet, prouve le côté versatile de l’artiste. Koriass maîtrise bien les mots avec son écriture simple, mais songée. Ses textes, remplis de métaphores judicieuses, sont parfois drôles, parfois crus, mais toujours vrais. Le commun des mortels se reconnaît dans les sujets abordés dans l’une ou l’autre des 14 pistes de l’album Petites victoires, permettant à Koriass de rejoindre un plus large public partout au Québec. La troisième, ‘’La mort de Manu’’, fait décrocher un sourire lorsqu’on réalise l’autodérision présente dans le refrain, alors que le rappeur récite ses plus grandes réalisations tout en se répétant les mots « garde ta job ». La voix et les mots coulent bien sur les percussions frappantes qui sont quelquefois accompagnées de mélodies et d’effets électros accrocheurs.  Une certaine agressivité est perceptible dans le ton du rappeur, sans toutefois devenir lassante.

Au final, la simplicité et la diversification de l’album en font toute la beauté. Les amateurs de hip-hop, voire de musique en général, sauront apprécier l’expérience, la maturité et les efforts de cet artiste bien de chez nous.

François-Olivier Marquis