Edgar Bori - Claudy Rivard

Souhaitant toujours mettre la chanson à l’avant-plan, il a pourtant osé briser l’anonymat en 2009, pour ne plus revenir à ses ombres chinoises et autres subterfuges. L’album Balade, lancé le 25 septembre dernier, est le premier d’une trilogie ; les deux albums suivants, Salade et Malade, paraîtront à quelques mois d’intervalle seulement.

par Justine Pomerleau Turcotte

Un défi de taille, certes, mais qui n’effraie aucunement l’artiste malgré les délais qu’il implique. « Je savais ce que je faisais… je pensais que je savais ce que je faisais ( rires ) ». Dans ce contexte, pas le temps de se dire : « À quoi bon? Les gens n’achètent plus d’albums ». Inquiétant, l’état du disque ? « On ne peut plus aller en promotion avec autant de moyens ». De plus, avec Internet et la multiplication des canaux de télévision, les propositions intéressantes affluent : « Tu peux passer 24 h par jour à découvrir de nouvelles musiques, peu importe le style ». Concernant sa propre carrière, il ajoute : « Le public n’a jamais été très large, mais il est là. On y arrive, mais c’est surtout avec les droits d’auteur et les droits de reproduction ».

Malgré tout, Bori choisit de créer « pas pour vendre, mais pour rendre de bonne humeur ». Avec Balade, il orchestre pour la première fois la production dans sa totalité, paroles, musique et arrangements. Première étape satisfaisante : « Je l’ai, Balade, puis je l’aime à mort. Tu l’écoutes d’un bout à l’autre, comme tu lis un livre [ … ], sans aller sur Internet ou répondre à tes textos ». Changer les habitudes des auditeurs ? Il faudrait plutôt « proposer la différence pour lui faire une place ».

Salade donnera l’occasion de s’amuser et de simplifier. Plusieurs collaborateurs, tels que Pierre Flynn, Michel Robidoux, Michel Rivard et Jérôme Minière, offriront des mélodies et des arrangements.

Malade promet d’être plus éclaté. En plus d’aborder des sujets plus délicats, Bori osera l’expérimentation sonore en trafiquant des sons d’autobus qui reculent, des chants d’oiseaux… « Si vous avez aimé les deux premiers, si vous vous y êtes retrouvé, vous allez peut-être vous perdre dans Malade ». Une perte de contrôle délibérée. Il résume ainsi les trois albums : « Ça [ Balade ] c’est moi. Ça [ Salade ] c’est nous. Ça [ Malade ] c’est… je l’sais pas. Le sais-tu ? »

Sur scène, on peut s’attendre à un retour au théâtre, à des marionnettes et à un univers fellinien. Le spectacle ne sera pas diffusé dans des lieux habituellement dédiés à la chanson, et les pieds de micros, les fils et les amplis qui encombrent habituellement l’espace seront remplacés par des valises de cirque. « Je vais faire un Sol de moi ». De belles façons de faire de la chanson un art multidisciplinaire.