Le premier album de Sylvia Beaudry se présente comme un recueil de contes, un florilège d’instantanés branchés sur le quotidien. Les arrangements simples et dépouillés, aux influences country et bluegrass assumées, mettent la voix et ses histoires à l’avant-plan. Terre-à-terre, son écriture est pourtant imagée et colorée. Elle ose marier des textes tragiques et mélancoliques (Thomas, Dernière ride, Ti-Dan) à des arrangements légers et à des mélodies joyeuses; pourtant, l’émotion n’en pâtit pas, comme si le contraste inhabituel rendait le résultat encore plus touchant. Par exemple, Ti-Dan, enlevante et bénéficiant d’un choeur d’hommes rythmé, porte pourtant un texte profond, habilement écrit et effi­cace. Valse western joue, quant à elle, la carte du kitsh assumé, aidée par la complainte de la mandoline. L’humoristique Dairy Queen, sucrée, est légère comme un souvenir d’été. Fermant l’album, Le bonheur est universelle comme une chanson country : «Toujours en train d’avoir peur du bonheur/Je cherche le pot dès qu’on m’offre quelques fleurs». La fuite est un album rafraîchissant et émouvant qui, en vagabondant entre la pluie et le soleil, évoque la vie, tout simplement.

3/5

Justine Pomerleau-Turcotte